Grève des médecins : baisse du nombre de morts

Que se passerait-il si tous les médecins (ou presque) décidaient brutalement, du jour au lendemain, de ne plus soigner leurs patients ?

Selon toute vraisemblance, ce serait la catastrophe…

Sauf que ce scénario s’est déjà produit. Et le résultat n’a pas du tout été celui qu’on aurait pu penser.

Plus personne dans les cabinets médicaux

Tout a commencé en Israël le 9 mars 1999, avec ce message :

 

« À compter de ce jour, votre médecin ne sera pas en mesure de vous prendre en charge. En cas d’urgence, rapprochez-vous de l’un des centres d’urgence encore en mesure d’accueillir des patients. »

 

Les médecins de l’Association médicale israélienne avaient en effet décidé de commencer une grève pour protester contre des mesures de restriction salariale. Cette grève était illimitée et les médecins déterminés à aller jusqu’au bout de leur mouvement, quelles qu’en soient les conséquences.

Aussitôt, des milliers de rendez-vous furent reportés, des opérations prévues depuis longtemps annulées et reprogrammées à une date indéterminée. Les patients rentrèrent chez eux avec leur maladie, et dans les salles d’attente des cabinets de tout le pays, il n’y a avait plus personne pour espérer un rendez-vous. Seuls les services d’urgence des hôpitaux, de natalité ou encore d’oncologie restaient ouverts.

Pour le reste… plus rien. Opération médecine morte.

Partout dans la population, ce fut la panique. Qu’est-ce qui allait se passer ? Qui soignerait les malades ? Il y aurait des victimes, forcément. Mais combien ? Et surtout… quelles souffrances devraient-elles endurer ?

Les jours passèrent ainsi, les semaines, et les médecins poursuivirent leur grève. Trois mois en tout, avant qu’enfin un accord soit trouvé.

À partir de là, la situation est revenue très vite à la normale. Les médecins sont retournés dans leur cabinet, les patients dans leur salle d’attente, et sans la curiosité d’un journaliste du Jerusalem Post, tout le monde aurait repris ses affaires sans que personne ne tire les conclusions d’un tel épisode.

Vous allez voir qu’elles sont pourtant très instructives.

Le nombre de morts… en chute libre

Le reporter du Jerusalem Post a en effet cherché à répondre à une question simple : combien cette grève avait-elle fait de morts ?

Dans son esprit bien sûr, il s’agissait de morts supplémentaires, de personnes décédées par défaut de soins.

Vous imaginez bien qu’il n’a trouvé aucune « statistique officielle » sur le sujet. « Trop compliqué », lui ont répondu les autorités ; « impossible », même, d’établir un lien certain entre ces deux événements : grève d’un côté et décès d’un patient de l’autre.

Mais le journaliste a poussé son enquête plus loin. Et il a découvert le pot-aux-roses avec l’aide d’un employé de pompes funèbres, responsable de l’organisation d’une grande partie des funérailles en Israël.

En comparant les chiffres des cérémonies organisées pendant les 3 mois de la grève de 1999 avec ceux des deux années précédentes à la même période, les deux hommes ont remarqué que le nombre de morts était… en baisse de 55 %.

Autrement dit, quand les médecins font grève, le nombre de morts est divisé par deux !!!

Bien sûr, on peut parler de « hasard », d’aberration statistique peut-être liée à des conditions particulières (météorologiques, sanitaires, etc.).

Mais sur ce point l’employé des pompes funèbres ne remarquait rien permettant de distinguer cette année-là d’une autre.

Mieux, en menant son enquête, le reporter du Jerusalem Post a également découvert qu’une situation analogue s’était déjà produite à Jérusalem en 1983, et que le nombre de morts avait également baissé.

Il a aussi observé un autre phénomène intrigant dans la ville de Netanya, où le personnel du seul hôpital de l’époque avait dû signer une clause interdisant le droit de grève et où, par conséquent, les médecins n’ont donc pas suivi leurs confrères grévistes. Ici, la principale société de pompes funèbres reporte un nombre identique de funérailles organisées pendant les grèves de 1999.

Autrement dit : dans une ville où les médecins travaillaient, le nombre de morts était resté parfaitement stable.

Bien sûr, il ne s’agit que de données partielles et issues de l’observation. On ne peut pas en tirer de conclusion définitive, mais cela n’empêche pas de se poser une question :

Est-ce qu’à force de trop chercher la maladie, on ne finit pas par… la trouver ????

Attendre d’être malade avant d’aller consulter

Selon le Dr H. Gilbert Welch, expert de notoriété internationale sur le dépistage et professseur au Dartmouth Institute for Health Policy and Clinical Practice (USA) [1] :

 

« La sagesse populaire estime que plus de diagnostics précoces entraîne de meilleurs soins.
Cela peut être vrai pour certains. Mais il y a un revers à la médaille : trop de diagnostics peut littéralement rendre malade les bien-portants. Ces nombreux diagnostics déclenchent plus de traitements, et des traitements pour des problèmes qui ne sont pas si graves ou, pire, qui ne le sont pas du tout. En revanche, les traitements inutiles peuvent faire du tort, et être pires que la maladie.(…)
Le diagnostic précoce n’a rien à voir avec la prévention puisque son seul objectif est de trouver des maladies et non de les prévenir. Il vise à trouver des anomalies au début de leur évolution de manière à en prévenir les conséquences. Mais beaucoup d’anomalies ne porteront jamais à conséquences. [2] »

 

Et il ajoute :

 

« La vraie prévention est ce que grand-mère me disait quand j’étais petit : ne fume pas, mange ta soupe et tes légumes verts, et va jouer dehors (avec le message subliminal : fais de l’exercice et débarrasse-toi de tes tensions). Son idée était simple : vivre sainement. »

 

Ça c’est un programme qui tient debout, non ?

Santé !

Gabriel Combris




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[1] Un conseil simple pour ne pas devenir malade

[2] H. Gilbert Welch, « Overdiagnosed : Making People Sick in the Pursuit of Health », janvier 2012.

Une réponse à “Grève des médecins : baisse du nombre de morts”

  1. Christine dit :

    Il serait intéressant de savoir si au cours des trois mois qui ont suivi la grève des médecins, il y a eu un « rattrapage » du nombre de décès.

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