5 erreurs des amateurs de plantes médicinales

Chère lectrice, cher lecteur,

J’ai beaucoup aimé la lettre de l’herbaliste Christophe Bernard consacrée aux attentes que nous pouvons avoir vis-à-vis des plantes médicinales.

Elle est normalement réservée aux abonnés de sa formation spécialisée, l’Atelier des Plantes, mais il m’a autorisé à vous la transmettre.

Christophe y explique les erreurs les plus fréquentes que nous faisons (et je fais partie du lot) lorsque nous voulons nous soigner avec les plantes.

C’est utile, instructif, et plein de bon sens. Je suis sûr que cela vous servira si vous avez entrepris de vous soigner avec les plantes médicinales.

Amicalement,

Florent Cavaler


Bonjour,

J’ai démarré mon blog en 2009. En l’espace de neuf ans, je peux vous dire que j’ai reçu une grande variété de commentaires. La plupart sont positifs. Mais certains remettent en doute le pouvoir des plantes sur notre santé…

« Ton infusion de thym, pas désagréable à boire au final, mais pour ma dernière bronchite, j’attendais mieux ».

« Passiflore pour mieux dormir, tu parles. Ca m’a coûté 25 euros à la pharmacie, ça oui. Et les moutons, je les compte toujours ».

Ces commentaires expriment d’abord la frustration de la personne malade qui n’arrive pas à se sortir de sa situation et cela est très compréhensible.

Mais ce qu’ils soulignent aussi, c’est une incompréhension face au fonctionnement du végétal.

Et je ne jette la pierre à personne, car j’étais moi-même dans cette situation il y a quinze ans et j’ai appris de mes erreurs.

À travers mon expérience et celle de mes lecteurs, j’ai pu identifier cinq erreurs récurrentes en ce qui concerne l’usage des plantes.

Erreur n°1 : Attendre la plante « miracle »

Nous avons tous nos petits problèmes de santé. Moi, c’est la migraine. Elle m’a plombé bien des journées d’adolescence, puis elle m’a taraudé le crâne quand j’avais vingt ans. Le seul remède qui fonctionnait à peu près : 1000 mg d’aspirine. Tous les autres anti-inflammatoires ne donnaient rien. Je peux vous dire qu’au final, j’en ai consommé au kilogramme.

Lorsque plus tard j’ai commencé à acheter des ouvrages sur les plantes, je suis tombé sur la fameuse partenelle, aussi appelé « grande camomille » (Tanacetum parthenium).

J’en avais la larme à l’œil. C’était bien marqué noir sur blanc : la plante des migraineux, peu de migraines lui résistent !

J’ai acheté des gélules de qualité et j’en ai pris religieusement pendant trois semaines, trois fois par jour. Et vous savez quoi ? Rien, absolument rien ne s’est produit. Et autant vous dire que ce fut la grande déception.

Mais ma méprise la plus grande était sans doute celle-ci : l’espoir de la plante miracle.

Ce même espoir qui nous fait dire que le millepertuis seul nous sortira de notre dépression, que l’escholtzia nous redonnera le sommeil, et que saupoudrer de la cannelle sur les desserts nous redonnera notre sensibilité à l’insuline.

Comprenez bien, cette erreur est humaine. Le médicament a placé la barre très haut. Avec 1000 mg d’aspirine, ma migraine disparaissait en seulement deux heures. Certes, un fond de mal de tête subsistait mais ma journée était vivable. La plante, elle, a besoin de temps, car elle n’agit pas sur les mêmes leviers.

Elle agit sur le terrain, sur les faiblesses sous-jacentes qui créent le problème, même si elle arrive parfois à étouffer les symptômes- Du coup, lorsqu’on a passé des années à malmener son corps, il faudra bien quelques mois pour commencer à redresser la situation. Lorsqu’on se soigne avec les plantes, il faut accepter un chemin parfois tortueux, mais plein de leçons des plus intéressantes. Et si comme moi vous laissez tomber une alliée au bout de trois semaines, vous serez constamment déçus.

Erreur n°2 : L’idiot regarde…le sommet de l’iceberg

Le symptôme n’est que la partie visible de l’iceberg. Pour résoudre le problème et non l’étouffer, il faut regarder sous la ligne de flottaison. Et là, quelle masse de glace à explorer !

Oui, je le sais, c’est un travail de longue haleine. Il faut faire un bilan de sa vitalité, de son stress, de son sommeil, de son alimentation, de son activité physique, de son immunité. Un travail de titan, certes. Mais qui le fera à votre place ?

Et puis rien ne presse, si vous avez vécu avec un problème de santé chronique pour lequel la médecine conventionnelle n’a rien donné, vous n’êtes plus à quelques mois près. Autant recommencer sur de bonnes bases, tout passer à la loupe, tout noter dans un journal.

Lorsque j’ai effectué ce travail, j’ai identifié deux causes possibles pour mes migraines.

La première était l’alimentation, et spécifiquement une alimentation trop grasse qui, d’après mes recherches, enflammait légèrement ma vésicule biliaire et provoquait un mal de tête qui démarrait au niveau de l’omoplate puis remontait dans le crâne. J’avais donc une faiblesse du côté foie.

La deuxième cause de migraine était le stress avec le constat suivant : lorsque j’avais une période de stress intense au travail, dès que le stress s’atténuait, j’avais une migraine. Ces observations m’ont permis d’aller bien au-delà de la simple partenelle qui devenait l’une des plantes de mon protocole, mais certainement pas la seule plante ni la principale.

Il m’a fallu plusieurs années pour venir à bout de 90% de mes crises (oui, j’ai bien dit plusieurs années) et j’ai découvert de nouvelles parties du puzzle petit à petit (notamment un manque de magnésium). Tout ceci ne s’improvise pas.

Erreur n°3 : Toutes les formes ne se valent pas !

Je ne m’en cache pas, je n’aime pas beaucoup les gélules de plantes.

Je n’ai jamais eu de très bonnes expériences avec les produits que j’ai testés. Il y a bien sûr des exceptions, des labos qui font de bonnes gélules. Mais dans l’ensemble, on ouvre la gélule, et on ne sent rien, on ne détecte aucun goût. Et ma plante, elle est passée où ???

Notez aussi que du côté des plantes en vrac, on peut aussi avoir des mauvaises surprises avec des plantes mal séchées, sans couleur, sans goût et donc, vous vous en doutez, sans effet.

Pour m’assurer d’avoir des plantes de qualité qui ont conservé toutes leurs propriétés, voici les règles essentielles :

  • D’abord choisir la plante en vrac, ce qui nous permet d’inspecter, de triturer, d’écraser, de renifler, de goûter. Ensuite, on transforme en infusion, décoction, ou on fait les gélules nous-mêmes si nécessaire.
  • Sinon prendre une forme liquide, teinture ou macérât glycériné qui permet au producteur d’utiliser la plante fraîche. L’alcool ou la glycérine la conservera sur une longue période.

Erreur n°4 : Tout est une question de dosage !

Une chose que beaucoup de gens ignorent c’est que très souvent, les conseils d’utilisation inscrits sur l’étiquette du produit comportent des doses qui sont trop faibles !

Pour arriver aux bonnes doses, il faut donc s’appuyer sur les générations de praticiens qui ont en fait l’expérimentation pour nous.

C’est pour cela que l’on consulte les ouvrages classiques de grands noms de la phytothérapie comme François-Joseph Cazin, Jean Valnet, Henri Leclerc ou encore Paul-Victor Fournier. Afin de transmettre le savoir des auteurs classiques en termes de dosages, j’ai d’ailleurs créé une grande collection de fiches de plantes sur mon site internet (www.altheaprovence.com).

Pour mieux comprendre l’importance du dosage, prenons un exemple.

Nous allons comparer les doses prescrites de trois produits à base de bardane. Pour rappel, la bardane est une plante dépurative (qui nettoie l’organisme) bien connue et utilisée pour stimuler l’évacuation des toxines au niveau du foie et des reins. On l’utilise aussi pour les problèmes de peau, car la peau et le foie sont intimement liés.

  • Produit numéro 1 : gélules d’une grande marque que je ne nommerai pas, 350 mg de poudre de racines par gélule, une gélule par prise.
  • Produit numéro 2 : teinture d’une marque que je ne nommerai pas, 30 gouttes par prise, ce qui représente environ (d’après mes calculs) 250 mg de racines brutes.
  • Produit numéro 3 : racines en vrac selon dosages de Valnet, 40 g par litres, 3 tasses par jour correspondant à environ 20 à 30 g de racines. Disons 20 g pour être conservateur.

Vous notez une différence ? 350 mg pour l’un, 250 mg pour l’autre, 20 grammes pour le troisième !!!

Bien sûr, nous avons tous notre sensibilité aux plantes, et chez certaines personnes, les 30 gouttes de teinture seront suffisantes. Mais si j’en crois ma propre expérience, c’est plutôt la troisième forme qui donnera des résultats.

Erreur n°5 : un problème aigu n’est pas un problème chronique

J’ai souvent mentionné l’importance de distinguer un problème chronique d’un problème aigu.

Pour le problème chronique, deux à trois prises par jour suffiront et on mise sur une action sur du long terme.

Pour un problème plus intense, il faut parfois frapper fort et mettre le paquet côté plantes. Par exemple, pour une infection hivernale, les plantes se prennent toutes les deux heures.

Si on parle de teinture, on prend une dose toutes les 2 heures, si on parle d’infusions, on essaye de boire une tasse toutes les 2 heures. Dans tous les cas, on va essayer de faire 5 à 6 prises par jour. Les dosages rapprochés nous permettent de fournir à notre corps la plante à intervalles réguliers.

Voilà, j’espère que le récit de mes ratés en phytothérapie vous permettra de mieux comprendre l’univers et le fonctionnement de nos amies les plantes.

Mieux encore, j’espère que vous comprendrez que ces 5 erreurs inévitables sont la plupart du temps la cause des échecs de votre guérison (en tous cas, ça l’a été dans ma situation).

Ne perdez donc pas espoir, redonnez une nouvelle chance aux plantes et surtout faites preuve de patience…

Ne dit-on pas que « tout vient à point à qui sait attendre » ?

Christophe Bernard,

Herbaliste, animateur de l’Atelier des Plantes

A propos de l’Atelier des Plantes

LAtelier des Plantes est une formation sur l’usage des plantes médicinales, le monde merveilleux de l’herboristerie et la cueillette des plantes sauvages.

Comme son nom l’indique, c’est un cours extrêmement pratique.

Vous commencez sans savoir distinguer une pâquerette d’une marguerite.

Dès la première leçon, vous apprenez déjà à faire vous-même une décoction à partir de racines de pissenlits.

Arrivé au bout, vous vous sentez de partir vivre le reste de vos jours dans la nature, un Opinel dans la poche. Plus besoin de pharmacie, à peine de supermarchés.

L’Atelier des Plantes est animé par Christophe Bernard, herbaliste. C’est l’un des meilleurs spécialistes français des plantes.

Christophe enseigne à l’Ecole lyonnaise des plantes médicinales. Il est également l’auteur de deux livres : « Recettes secrètes de mon herbaliste » et « Vins médicinaux et élixirs ».

Voici ce qu’en disent ceux qui ont suivi l’Atelier des Plantes :

« Il y avait longtemps que j’attendais de pouvoir suivre une formation sur ces plantes fascinantes qui nous entourent et de pouvoir les apprivoiser ! Merci à vous. »

Sandrine P.

« Bonsoir, j’ai envie de dire « enfin ! » Il y a si longtemps que je cherche toutes ces informations… j’ai hâte de découvrir la suite ! Un grand merci de bien vouloir partager ce savoir, cette culture… »

Martine G.

« Je rêvais de trouver une formation pratique qui correspondait à mon budget. C’est chose faite. Merci. »

Monique S.

« C’est avec un grand intérêt que j’ai visionné votre première vidéo. Merci. Vous êtes un vrai pédagogue et l’on voit bien la passion de votre métier et de la terre. Tout est clair et net et la transmission se passera merveilleusement bien. Merci encore. »

Jeanne

Rendez-vous ici pour en savoir plus sur l’Atelier des Plantes.





5 réponses à “5 erreurs des amateurs de plantes médicinales”

  1. brando dit :

    Il est vrai que selon la forme galénique le résultat attendu est différent, et à mon avis,
    les SIPF (suspensions intégrales de plantes
    fraîches et les EPS (qui ne contiennent pas
    d’alcool) sont celles qui donnent les meilleurs
    résultats. Néanmoins des conseils d’hygiène de vie, de diététique, voire de supplémentation en micronutriments
    sont synergiques avec la phytothérapie pour
    améliorer la santé, sans oublier de s’occuper aussi de son état d’esprit, mais je pense que chacun d’entre nous le sait, tout comme le fait de ne pas se laisser piéger par certaines publicités…,

  2. Debacker dit :

    Bonjour, je voudrais simplement vous remercier pour vos articles très intéressants. En Belgique il n est pas facile de trouver des plantes en vrac. Continuez à nous apprendre toutes vos connaissances.

  3. Bourdier dit :

    Bonjour, j’ai appellé l’Ecole pour un renseignement concernant cette formation en ligne et la receptionniste m’a répondu ne pas etre au courant. Elle m’a indiqué par contre une formation à un tarif beaucoup plus exorbitant. Merci de m’eclairer. Salutations.

  4. BRUN COSME dit :

    Merci beaucoup. C’est passionnant !
    J’ai acheté récemment un ouvrage sur l’aromatherapie. Il s’en passe des choses à Lyon !
    Teinture ça veut dire huile essentielle ? Quelle est la différence ?
    Cordialement
    Joëlle BRUN-COSME
    Musicienne

    • brando dit :

      La teinture mère (TM) est à l’huile essentielle
      ce que le solfège est à la musique.
      La TM est une macération de plante dans de
      l’alcool, et l’huile essentielle, issue de la distillation des plantes est très concentrée en certains de leurs principes actifs, plus puissante, mais parfois toxique, à utiliser
      par précaution par voie externe, diluée dans une huile végétale, et certaines fragrances
      sont très agréables, aromathérapie oblige,
      thérapie des aromes qui va jusqu’à l’olfactothérapie…

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