Devenir optimiste : l’exemple d’un goéland

Cher lectrice, Cher lecteur,

Dans son conte philosophique Jonathan le Goéland, l’écrivain Richard Bach écrit le passage suivant :

« Jonathan le Goéland comprit que l’ennui, la peur et la colère sont les raisons pour lesquelles la vie des goélands est si brève et, comme il les avait chassés de ses pensées, il vivait pleinement une existence prolongée et belle ».

Ce qu’a compris instinctivement le goéland, la science le confirme aujourd’hui : chasser l’ennui, la peur et la colère de nos cœurs, en un mot développer des émotions « positives », permet réellement de vivre longtemps et plus heureux (vous pouvez d’ailleurs trouver d’autres conseils pour atteindre le bonheur dans cette lettre).

De nombreuses études en font désormais la preuve absolue :

  • Une étude de la Mayo Clinic poursuivie pendant près de 30 ans a montré que les personnes optimistes vivaient en moyenne 19 % plus longtemps que les pessimistes, avec des capacités physiques et une qualité de vie meilleures [1] !
  • D’après le sociologue néerlandais Ruut Veenhoven qui a publié l’analyse d’une trentaine d’études sur le lien entre bonheur, santé et longévité, les émotions positives peuvent faire gagner entre sept et dix années de vie.
  • En 2003, Le professeur de psychologie Sheldon Cohen a inoculé le virus responsable du rhume à des volontaires. Parmi eux, ceux qui avaient été dans un « état émotionnel positif » les trois semaines précédant le test étaient moins susceptibles que les autres de tomber malades, malgré l’inoculation du virus dans leurs narines [2]. Le même genre d’effet préventif a été observé pour l’hypertension artérielle et le diabète [3].

Alors franchement, qu’on ne vienne plus nous dire qu’il s’agit d’un « délire » des « allumés » de la santé naturelle… L’optimisme, ça soigne vraiment !

« Je vous ai Combris»

Et tenez, cette autre étude encore, qui a montré que les médecins de bonne humeur intègrent plus rapidement les données transmises par leurs patients, restent moins longtemps fixés sur une idée, sont davantage prêts à renoncer à des conclusions prématurées et, de ce fait, améliorent leurs performances diagnostiques [4].

On estime généralement que le rôle des émotions positives dans le maintien d’une bonne santé est comparable à celui du tabac dans l’apparition d’une mauvaise santé [5].

Quant aux émotions négatives, alors là, pardon pour l’expression, mais c’est du caviar à maladie. Le chirurgien Thierry Janssen explique pourquoi :

« On sait que le stress accompagnant les émotions négatives provoque une activation du système nerveux lymphatique et une mise en tension de l’organisme qui, à force, usent le système cardiovasculaire, diminuent les défenses immunitaires et perturbent un ensemble de régulations hormonales indispensables au bon fonctionnement du corps. [6] »

« On sait que les états émotionnels positifs sont liés à une activation préférentielle du cortex préfrontal gauche du cerveau, qu’ils diminuent les taux sanguins de l’adrénaline et du cortisol – deux hormones de stress potentiellement pathogènes – réduisent la réponse inflammatoire liée au stress, stimulent les défenses immunitaires et augmentent la production d’ocytocine, d’hormones de croissance et d’endorphines – des molécules indispensables au maintien d’une bonne santé. »

Mais là, je vous vois venir. Vous allez me dire :

« OK Combris, on a compris (tiens d’ailleurs au passage, « Je vous ai Combris », voilà un excellent slogan que je vais m’empresser de déposer 😉 ) : être optimiste c’est une nécessité de santé, soit. »

« Seulement c’est bien gentil, mais on fait comment pour être optimiste lorsque les difficultés, la peine, la lassitude ou les drames s’abattent sur nos vies ? »

Eh bien, vous allez voir que là encore, la recherche scientifique la plus récente ouvre des perspectives passionnantes.

Ciao, Dr Freud…

Une des idées qu’il faut arriver à chasser de sa tête est celle que l’environnement ou les

conditions de vie (âge, sexe, niveau matériel, l’endroit où l’on habite) déterminent à eux seuls notre niveau de bonheur.

Pour le dire sans détour, cette approche héritée du célèbre Dr Freud, est… complètement dépassée. Vous pouvez vous relever du divan !

Alors qu’il avait converti des générations de psys (et de patients) à l’idée que la personnalité est façonnée par l’environnement pendant l’enfance, des études portant notamment sur des jumeaux ont démontré au contraire que ce sont les gènes qui sont déterminants [7].

En d’autres termes, nous avons chacun un niveau de bonheur par défaut, plus ou moins élevé.

Le psychologue américain Jonathan Haidt parle d’un « thermostat réglé définitivement sur trois degrés pour les dépressifs et sur vingt-cinq degrés pour les gens heureux ».

C’est injuste mais c’est ainsi. Et paradoxalement, vous allez voir que c’est plutôt une bonne nouvelle.

La formule du bonheur (sortez les calculettes !)

Trois chercheurs spécialisés dans la psychologie ont en effet développé l’idée qu’il existait une « formule du bonheur » (formule au sens mathématique) qui se résume de la façon suivante :

B = N+C+A

Le niveau de Bonheur que ressent une personne dépend du Niveau biologique de bonheur (les gènes), plus les Conditions de vie (l’environnement du Dr Freud) plus, et c’est fondamental, les Activités volontaires entreprises par l’individu.

Je reconnais que dit comme ça… il y a de quoi déprimer.

Mais oubliez cette démonstration un peu austère.

Retenez la seule chose vraiment essentielle, ce A des Activités volontaires, qui signifie que nous pouvons tous agir pour devenir plus optimiste, et être plus heureux.

Chercher ce qui est beau

Regardez l’exemple de la nourriture : chaque jour, nous faisons plusieurs repas pour nous nourrir et alimenter notre corps en énergie.

Nous choisissons volontiers des aliments bio, sains, et savoureux. Nous voulons offrir à notre corps toute l’énergie et les éléments essentiels pour rester en bonne santé : vitamines, protéines, glucides, sels minéraux, oligoéléments, etc.

Mais notre cœur et notre intellect : que leur donnons-nous à « manger » ?

De quelles émotions les nourrissons-nous ? Quelles sont les pensées, quelles sont les informations et réflexions que nous y faisons entrer ? Sont-elles toxiques ??

Certaines émotions nous font du bien, tandis que d’autres nous perturbent, nous n’arrivons pas à les « digérer ».

Alors la solution est simple : puisqu’on exige du bio pour son estomac, exigeons aussi du bio pour le cœur.

Cherchons dans nos vies le beau, le bien, le juste, et alors ils y occuperont de plus en plus de place. Et cela nous fera du bien. Bien sûr, il s’agit d’un chemin de vie individuel, et chaque personne trouvera une piste à elle correspondant à son identité, son caractère, ses aspirations, son état de santé. Les lectures, les rencontres, les découvertes, un peu de solitude parfois aussi, peuvent contribuer à animer ce chemin. Certaines techniques, comme la prière ou la méditation, apportent elles aussi une aide précieuse.

Les scientifiques ont mesuré ce qui se passe chez les gens qui méditent sur la compassion ou l’amour altruiste, qu’on appelle l’émotion suprême. Parmi tous les états mentaux, la compassion est celui qui allume avec le plus d’intensité les aires du cerveau reliées aux émotions positives et au bien-être. L’amour altruiste se présente de loin comme celui qui possède les effets les plus positifs sur l’organisme humain.

Le moine tibétain Mathieu Ricard, également docteur en génétique cellulaire, est régulièrement interrogé pour savoir si l’on peut devenir optimiste, altruiste etc.

Voici ce qu’il répond :

« Nous nous entraînons pour acquérir n’importe quelle compétence. Pourquoi serait-ce différent pour les qualités humaines comme la paix intérieure, la méditation ou l’altruisme ? Pourquoi seraient-elles optimales déjà au point de départ ? Tout se cultive et les qualités mentales ne font pas exception. »« Si vous vous entraînez vous verrez que déjà au bout d’un mois votre cerveau change structurellement. »

« Pour y parvenir vous pouvez, tous les jours, au réveil, décider d’organiser votre journée autour du bonheur des autres. Vous pouvez également passer progressivement dix à quinze minutes tous les jours à éprouver de l’amour inconditionnel en pensant à quelqu’un que vous aimez très fort, comme un enfant par exemple. Votre cerveau va changer, et vous aussi. »

C’est la même chose pour l’optimisme : notre capacité à voir le verre plein peut s’exercer, et se renforcer.

Pour en faire la preuve, le Pr Emmons, de l’Université de Californie, a sélectionné plusieurs centaines de personnes et les a réparties en trois groupes avec les consignes suivantes :

  • Les membres du premier groupe devaient noter chaque semaine au moins cinq événements positifs qu’ils avaient vécu. Les réponses incluaient des bonheurs simples : « Une journée ensoleillée » aussi bien que des joies plus profondes : « l’amour de ma femme», « avoir des parents merveilleux ».
  • Le second groupe devait faire la liste des contrariétés de la vie quotidienne (bruit du voisin de palier, problèmes d’argent sur le compte en banque, etc.)
  • Le troisième groupe devait simplement noter les événements notables de la semaine, ceux qui avaient eu un impact sur leur existence [8].

Au bout de 3 mois, les membres du premier groupe présentaient l’état général le plus enthousiaste, positif et optimiste sur l’avenir.

Surtout, ils avaient moins de problèmes de santé et s’étaient mis à faire davantage d’activité physique (une heure et demie de plus par semaine !).

Faites comme eux, notez au moins une fois par semaine les événements positifs, petits ou grands, que vous avez vécus.

Cherchez le « flow »

Dans son livre « Le défi Positif », le Dr Thierry Janssen parle de certaines expériences qui ont le don de rendre heureux.

On les appelle les « expériences autotéliques » (du grec auto : soi-même, et telos : le but). Des actions qui sont réalisées pleinement, de façon concentrée, par des personnes « totalement immergées » dans ce qu’elles font.

Il peut s’agir de peinture, de danse, de jeu d’échecs, de grimpe… ou d’un chirurgien qui opère à cœur ouvert pendant des heures. Toutes ces actions exigent un haut degré de concentration, et la science a montré que les personnes qui les pratiquaient se sentaient comme « emportées par un courant », « un flux » (un «  flow » comme l’appellent les psychologues américains) qui procurait un immense plaisir.

Le flow jaillit quand l’être humain donne le meilleur de ses capacités créatives, de son audace ou de son habilité. Il se produit quand vous réalisez une tâche exigeante, mais que vous maîtrisez, qui a du sens et qui fait avancer les choses.

Mais si vous êtes passionné, le flow peut se produire lors de chaque activité en apparence banale, par exemple en réalisant une broderie, en semant des légumes, en nettoyant votre voiture, en réparant votre vélo.

L’important, c’est d’avoir un défi à accomplir.

Le flow peut donc aussi se produire en lisant, en écrivant, en chantant dans une chorale, en jouant du piano ou un autre instrument, lors d’un match en équipe ou lors d’une conversation passionnée avec un ami.

Selon toutes les études, les personnes qui se disent les plus heureuses sont celles qui parviennent dans leur vie à susciter le plus de moments de flow.

Il a compris l’essentiel

Jonathan le Goéland, lui, savait tout cela instinctivement.

Sa méditation, il la faisait à sa façon dans les airs, en volant le plus vite qu’il pouvait, en développant la technique la plus pure, la plus parfaite (une forme de flow, là aussi).

Et arrivé au sommet de son art, il comprit l’essentiel.

Il comprit qu’il existait encore autre chose de plus fort, de plus beau que la maîtrise la plus absolue.

Quelque chose qu’il ne découvrirait qu’au moment de transmettre son savoir à d’autres goélands, d’apprendre à d’autres oiseaux avides à leur tour de prendre leur envol : l’amour de son prochain.

Le meilleur médecin qu’on puisse trouver sur sa route.

Santé !

Gabriel Combris

PS. N’hésitez pas à nous laisser un commentaire à propos de cette lettre sur notre page Facebook ou en bas de cette lettre.




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[1] Maruta T.,Colligan R.C, Malinhoc M., Offord K.P., « Optimism-pessimism assessed in the 1960s ans self reported health status 30 years later », Mayo Clinic Proceedings, 2002,77,p.748-753.

[2] Cohen S., Doyle W.J, Turner R.B., Alper C.M., Skoner D.P., « Emotionnal style and susceptibility to the common cold », Psychosomatic Medicine, 2003, 65, p.652-657.

[3] Estrada C.A., Isen A.M.,Young M.J., « Positive affect facilitates integration of information and decreases anchoring in reasoning among physicians », Organizational Behavior and Human Decision Processes, 1997, 72, p.117-135

[4] Richman L.S., Kubzansky L., Maselko J., Kawachi I., Choo P., Bauer M., « Positive emotion and health : going beyond the negative », Health Psychology, 2005,24, p. 422-429

[5] Veenhoven R., « Healthy happiness : effects of happiness on physical health and the consequences for preventive health care », Journal of Happiness Studies, 2008, 9, p.449-469.

[6] Thierry Janssen, Le défi positif. Pocket.

[7] Plomin & Daniels, 1987.

[8] La gratitude ça fait du bien

8 réponses à “Devenir optimiste : l’exemple d’un goéland”

  1. Françoise Ecken dit :

    Quand j’ai commencé mes études de psycho, on mettait tout sur le compte du psychologique. Ensuite est venu le temps du tout génétique.
    Dans ma pratique, j’ai vue des causes génétiques, des causes psychologiques, des causes sociales au malaise des personnes. Toujours un mélange des trois.
    On découvre aujourd’hui l’épigénétique qui viendrait modifier le génétique en fonction des expériences vécues. Tout en minimisant le social ou le psychologique.
    Si on savait enfin regarder et voir ce que l’on regarde, on réaliserait que l’humain est un savant mélange de génétique, de psychologique et de social. Et que tout cela fait une « mixture » qui n’a plus rien à voir avec notre base génétique, notre psychologie ou notre environnement.

  2. dento dit :

    merci pour votre lettre .cela m’a rappelé un petit moment de bonheur que j’ai ressenti un matin .il y avait un peu de soleil et un vent léger qui s’est mis à faire voltiger et tomber les feuilles des arbres,on aurait dit de la neige d’arbres;cela a durer plusieurs minutes et c’était beau,un peu magique;j’ai ressenti une grande joie à vivre cet instant et je suis retournée toute guillerette à la maison.

  3. Anatole Bach dit :

    C’est très juste, M Combris ! Absolument juste !

  4. Fatima MANIER dit :

    A Daniel Combris,

    Dans vos « sources » je ne vois aucun texte de Freud.
    Vous devriez approfondir sa pensée, car ce que vous en dites m’en parait bien éloigné.
    Dommage, car votre message que j’approuve n’avait pas besoin de ce jugement très injuste et déplacé.

    Fatima

  5. Martine GRANDJEAN dit :

    bonjour,
    partout la méditation est mentionnée comme méthode très performante pour améliorer notre santé, notre bonheur… seulement voilà : c’est quoi au juste « la méditation » ?… seule piste trouvée : la respiration ! c’est bien maigre ! mais peut-être méditons-nous sans le savoir 🙂 un peu comme monsieur Jourdain !!!
    Pourriez-vous nous en dire plus au sujet de cette méditation… encore bien mystérieuse pour moi et sans doute pour d’autres !
    d’avance merci
    Martine

  6. cicala dit :

    Très bon article. Message d’une grande sagesse dans un monde anxiogène lié au contexte général ambiant, aux modes de vie stressants et nourrissant ses racines dans le terreau des médias et chez les gouvernants.
    Cordialement
    Renaldo

  7. Darragon dit :

    Bonjour,
    en effet, trouver le bonheur n’est pas de regarder à ce que l’on est mais de voir autour de soi ce qui est beau et bon. Notre corps est une création merveilleuse et la nature nous montre le pouvoir de régénération. Tournons nos yeux vers Dieu notre créateur et soyons comme Lui remplis de son Amour pour notre prochain. Merci de votre lettre, soyez béni et renouvelé dans tout votre être, amicalement, Annie.

  8. Giannoni francine dit :

    Dans les années 1980/90 j’ai eu l’occasion de travailler avec les enfants à l’école avec ce livre merveilleux et édifiant….J’espère qu’ils ne l’ont pas oublié et qu’ils ont bien Combris !
    Merci pour cette lettre !

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