Il y en a un qui doit se retourner dans sa tombe

Chère lectrice, cher lecteur,

Aujourd’hui, séquence presse people.

Mais ne partez pas ! Vous allez voir qu’il y a un lien avec la santé naturelle et la santé… pas du tout naturelle.

Un site Internet a publié récemment un classement des célébrités qui ont « le plus souffert de la chirurgie esthétique [1] ».

Ça peut paraître amusant, dit ainsi.

Mais cela recouvre en réalité des tragédies personnelles, des douleurs intérieures tellement insurmontables pour la personne concernée qu’elle en vient à se transformer en une autre au fil des années.

Comme Priscilla Presley, actrice et épouse d’Elvis Presley

Comme la créatrice de mode Donatella Versace :

Ou encore la chanteuse de rock Courtney Love :

J’arrête ici la liste.

La détresse de ces personnes est évidente, et il ne s’agit pas de se moquer d’elles, aussi je tiens à m’excuser pour le côté « voyeur de foire » de ces photos.

Si je vous les montre malgré tout, c’est qu’en regardant ces images une question frappe immédiatement l’esprit : comment des médecins, des chirurgiens, ont-ils pu accepter d’infliger pareilles mutilations à leur « patientes » ?

On imagine bien sûr que certains ont refusé de se prêter à cette descente aux enfers ; mais d’autres, attirés par l’argent – quoi d’autre pourrait les motiver ici ? – ont accepté.

Alors, le seul mot qui qualifie leur attitude est celui de « trahison ».

Trahison de leur vocation

Trahison de leur promesse de « prendre soin »

Trahison de la confiance que leur patient leur accordait, bien sûr, mais trahison aussi de leurs propres frères médecins ! Ceux d’aujourd’hui… et ceux d’hier.

Le rôle principal du médecin n’est pas de soigner

Et s’il y en a un qui doit bien se retourner dans sa tombe, c’est le vieil Hippocrate (env. 460-377 av J.-C.), « père de la médecine moderne » dont il a, avec d’autres, fixé les merveilleuses ambitions et les vraies limites.

Lui qui était à la fois médecin, philosophe, amoureux de la beauté et de la vérité, disait qu’il fallait « avoir dans les maladies deux choses en vue : être utile, ou du moins ne pas nuire » [2].

Pour élaborer ses traitements, Hippocrate expliquait que la nature possède en elle-même des forces de guérison.

Le rôle principal du médecin est d’aider la nature à faire son travail plutôt que de la diriger arbitrairement.

Ce qui implique de savoir aussi s’abstenir, de se retirer même, lorsque l’intervention aura toute probabilité d’aggraver le mal.

Aujourd’hui, en France, les étudiants en médecine ne prêtent plus le serment d’Hippocrate, contrairement à une idée reçue.

Ils se contentent d’un « serment médical » nettement plus aseptisé [3].

Mais il n’y a pas si longtemps, leurs prédécesseurs faisaient ce serment d’une puissance et d’une exigence qui mettaient la pleine lumière sur la profondeur de leur mission. Et la haute tenue morale du rôle de médecin.

Mais jugez-plutôt, à partir de ces quelques extraits de la traduction qu’en a faite au XIXe siècle le médecin et homme de lettres Emile Littré :

« Je jure par Apollon, médecin, par Asclépios, par Hygie et Panacée, par tous les dieux et toutes les déesses, les prenant à témoin que je remplirai, suivant mes forces et ma capacité, le serment et l’engagement suivants :

Je mettrai mon maître de médecine au même rang que les auteurs de mes jours, je partagerai avec lui mon savoir et, le cas échéant, je pourvoirai à ses besoins ; je tiendrai ses enfants pour des frères, et, s’ils désirent apprendre la médecine, je la leur enseignerai sans salaire ni engagement.

Je dirigerai le régime des malades à leur avantage, suivant mes forces et mon jugement, et je m’abstiendrai de tout mal et de toute injustice.

Je ne remettrai à personne du poison, si on m’en demande, ni ne prendrai l’initiative d’une pareille suggestion ; semblablement, je ne remettrai à aucune femme un pessaire [4] abortif. Je passerai ma vie et j’exercerai mon art dans l’innocence et la pureté.

Dans quelque maison que j’entre, j’y entrerai pour l’utilité des malades, me préservant de tout méfait volontaire et corrupteur, et surtout de la séduction des femmes et des garçons, libres ou esclaves. 

Quoi que je voie ou entende dans la société pendant, ou même hors de l’exercice de ma profession, je tairai ce qui n’a jamais besoin d’être divulgué, regardant la discrétion comme un devoir en pareil cas.

Si je remplis ce serment sans l’enfreindre, qu’il me soit donné de jouir heureusement de la vie et de ma profession, honoré à jamais des hommes ; si je le viole et que je me parjure, puissé-je avoir un sort contraire ! »

Alors oui, on peut dire qu’il s’agit d’une promesse sacrément ambitieuse !

Celle d’un médecin qui n’est pas seulement un « expert » scientifique, mais avant tout un humaniste, un gentilhomme sincère, courageux et dévoué.

Un homme qui se situe à hauteur d’homme.

Et c’est lui, et à travers lui tous ceux qui ont juré d’être ce médecin, qui se retrouvent trahis par les affairistes du bistouri que nous évoquions au début de cette lettre.

Mais ceux-là sont-ils les seuls à avoir sombré dans ce relativisme d’où l’argent n’émerge plus que comme le dernier repère ?

Quels médecins nos jeunes étudiants de la faculté rêvent-ils aujourd’hui de devenir ? Quelle vision ont-ils de leur carrière ? Est-ce une vocation, un gagne-pain, un moyen de faire fortune, un métier comme un autre ? Un peu de tout cela à la fois ?

Ils répondront à ces questions par leurs actes, avec comme tous les hommes leurs fragilités et leurs faiblesses.

Mais ce qui est en train de changer – ce qui a même déjà changé – c’est que, quoi qu’ils fassent, ils auront de plus en plus en face d’eux des patients concernés et acteurs de leur propre santé.

Le chemin se fera à deux, médecin ET malade. En tout cas, c’est ce qu’on doit espérer !

Voilà, je vous laisse pour aujourd’hui sur ces réflexions.

Et si elles devaient vous « taper un peu sur le crâne », voici un petit rappel utile : n’oubliez pas qu’avant qu’on parvienne à synthétiser l’aspirine, en 1899, les hommes connaissaient depuis bien longtemps les propriétés de l’écorce de saule blanc pour soulager les maux de tête.

Ces propriétés ont été reconnues récemment par la commission E allemande, seul organisme mandaté par un gouvernement pour attester de l’efficacité des plantes médicinales [5].

La dose efficace est comprise entre 60 et 240 mg de salicine par jour (attention à bien choisir un extrait où la teneur en salicine est indiquée.)

C’est donc avec le crâne clair et l’esprit affûté que l’on peut « repartir en pensée », et méditer cette phrase de la journaliste Delphine de Girardin, morte en 1855 : « Tout homme est sujet à l’erreur, toute médecine est dangereuse. Mais erreur pour erreur, danger pour danger, je préfère encore le médecin qui nous laisse mourir au médecin qui nous tue. »

Santé !

Gabriel Combris




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[1] Bridoz.com : 30 célébrités au physique ravagé par la chirurgie esthétique
[2] Jacques Jouanna, Hippocrate, Fayard, 1992 (ISBN 2-213-02861-3).
[3] Wikipedia : Le Serment d’Hippocrate
[4] Dans l’Antiquité : tampon ou bâtonnet enduit ou fabriqué de substances médicamenteuses, introduit dans une cavité, ici le vagin.
[5] The Complete German Commission E Monographs – Therapeutic Guide to Herbal Medicines, American Botanical Council, US 1998

Une réponse à “Il y en a un qui doit se retourner dans sa tombe”

  1. Daphné dit :

    Bonjour,

    Je viens de tomber sur votre message portant sur la chirurgie esthétique.
    Le fait de nous transmettre le contenu du serment d’Hippocrate est un excellent moyen pour vous permettre de nous signaler en douce l’interdiction des pratiques de l’euthanasie et de l’avortement.
    Dommage, le reste du contenu de votre lettre était plus sympathique…
    Bien à vous

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