La lavande, le paradis bleu

Chère lectrice, cher lecteur,

« C’est la merveille du Midi en habit bleu. »

« Je ne connais pas de parfum plus suave que celui de ce don que le Bon Dieu fit à la Provence… L’armoire à linge de ma mère embaumait cette fleur, et quand on dépliait les grands draps de toile rude qui s’y étageaient, c’était un peu de paradis sur la Terre ».

Vous l’avez reconnue. C’est bien la lavande que l’herboriste Maurice Mességué évoque avec fougue et poésie.

Mais quelle plante, en effet !

On l’utilisait déjà couramment à Rome pour réaliser des bains purificateurs ou décapants. Elle tient d’ailleurs son nom du latin lavare, « laver ».

Laver… mais aussi éloigner microbes et parasites.

Bien avant la découverte des antibiotiques, on utilisait la lavande comme antiseptique sur les plaies, les brûlures et même les morsures de serpent. Ce qui expliquerait d’ailleurs pourquoi il existe une variété de lavande nommée lavande aspic (genre de vipère).

La lavande est un dictionnaire de phytothérapie à elle toute seule.

« L’un de mes patients qui se plaignait de vertiges, de maux de tête, de nausées et de bouffées de chaleur, dut à la lavande de retrouver promptement son équilibre. Un autre, manquant d’appétit, souffrant de gonflements d’estomac et d’intestin et de coliques diffuses, dut à la plante un retour en forme remarquable. Un troisième, nerveux, neurasthénique par moment, sujet aux palpitations et atteint de tremblements insurmontables, se sentit revigoré après une cure aux fleurs bleues de la Provence. La lavande est encore bonne contre l’asthme, la grippe, les troubles du foie et de la rate, la jaunisse, les congestions, les pertes blanches et la faiblesse des yeux » [1].

À cela j’ajoute, pour l’avoir expérimenté sur ma petite fille de 4 ans à la rentrée dernière, que la lavande est un remarquable répulsif antipoux. (Avant 6 ans : déposer 2 gouttes de lavande vraie (Lavandula officinalis) derrière les oreilles et sur la nuque de l’enfant avant de partir à l’école. Après 6 ans : préférer l’HE de lavandin (Lavandula super), plus répulsive, mais qui contient du camphre à ne pas utiliser pour les petits enfants.

Bref, la lavande, c’est le couteau suisse – enfin, plutôt le couteau provençal de la santé naturelle.

Maintenant, l’inconvénient de ces plantes qui « soignent tout » ou presque, c’est qu’on ne sait plus très bien pour quelles pathologies elles sont vraiment supérieures aux autres.

Et voilà comment ces merveilles de la nature finissent par être banalisées.

Mais il n’est pas question de laisser la lavande tomber dans ce piège !

L’analyse de plusieurs études scientifiques récentes sur la lavande va donc nous permettre de souligner avec précision les domaines d’expertise de cette plante fantastique.

Alors en avant la science !

La lavande contre la peur

Avant une opération chirurgicale, l’équipe médicale pose « une voie veineuse » à l’aide d’un cathéter.

Cette aiguille munie d’un dispositif d’ouverture/fermeture permettra d’administrer différentes substances dans le circuit veineux, à commencer par l’anesthésiant.

Cette première intrusion un peu douloureuse dans le corps du patient s’ajoute au stress de l’opération à venir et génère très souvent une forme d’anxiété.

Différents travaux ont déjà démontré l’action de la lavande pour diminuer l’anxiété, mais une étude récente a évalué son intérêt dans ce cas précis.

106 patients ont participé. On a proposé à la moitié du groupe d’inhaler 2 gouttes d’une dilution à 1 % d’huile essentielle de lavande durant 5 minutes. L’autre moitié inhalait… de l’eau ! Les scores des différents tests ont été significativement plus bas sur la douleur et l’anxiété pour le groupe lavande. Sur une échelle de 1 à 4, le niveau de satisfaction global était de 1,82 pour le groupe placebo, et de 2,29 pour le groupe lavande.

Une autre expérience intéressante a été conduite par les chercheurs du King’s College de Londres :

Il leur a suffi de diffuser de l’huile essentielle de lavande fine dans la salle d’attente de plusieurs dentistes pour que les patients constatent une nette baisse de leur niveau d’anxiété !!!

Ceux qui n’avaient pas été exposés à la diffusion n’ont pas vu leur stress bouger d’un iota.

Parmi les 49 composants, principalement terpéniques, qui sont présents dans l’huile essentielle, dont principalement le linalol (30 à 40 %) et l’acétate de linalyl (50 %), le linalol expliquerait l’action anxiolytique.

Lavande et sommeil

Une étude [2] menée aux Etats-Unis sur des 80 étudiants âgés de 18 à 36 ans (ces derniers avaient dû redoubler plusieurs fois… 🙂 ) a cherché à identifier le rôle de la lavande sur l’amélioration du sommeil.

Avant l’expérience, le National Institute of Health a rappelé quelques conseils généraux pour un meilleur sommeil : éviter la consommation de nicotine, de caféine ou d’alcool, se coucher à heures régulières, éviter de se nourrir ou de boire avant le coucher, faire de l’exercice régulièrement, éviter les écrans ou les textos le soir et veiller à avoir la plus grande obscurité dans la chambre.

Sur la moitié du groupe, les chercheurs ont appliqué un patch adhésif imbibé de 55 microlitres (à peine plus d’une goutte) d’huile essentielle de lavande vraie (Lavandula angustifolia).

Le patch était appliqué au coucher puis retiré le matin durant cinq jours.

À l’issue de ce test, les étudiants du « groupe lavande » bénéficiaient d’une meilleure qualité de sommeil que le groupe témoin qui avait seulement appliqué les règles d’hygiène de vie.

Ils étaient aussi moins fatigués la journée et se réveillaient plus frais le matin.

Fait intéressant, ces améliorations se vérifiaient aussi deux semaines après l’arrêt de la cure.

La lavande, plus efficace qu’un antidépresseur

Une étude randomisée en double-aveugle [3] a comparé l’action de l’huile essentielle de lavande avec un médicament antidépresseur sur les troubles de l’anxiété (agitation, fatigue, problèmes de concentration, tension nerveuse, irritabilité etc.).

Les résultats de cette étude montrent que les deux dosages testés, 160 mg et 80 mg d’HE de lavande (sous forme de capsules), ont été plus efficaces que 20 mg de paroxétine. Cet antidépresseur de la famille des ISRS (inhibiteur sélectif de recapture de la sérotonine) est notamment commercialisé sous le nom de Deroxat.

Les effets secondaires ressentis par les personnes testées ont été beaucoup moins présents, dans une proportion équivalente à celles qui avaient pris un placebo.

Comment l’utiliser ?

  • En infusion : mettre 1 cuillérée à soupe de lavande dans une tasse d’eau bouillante, laisser infuser 10 minutes. Filtrer et prendre 3 tasses par jour tant que dure soit l’infection soit la pathologie à combattre.
  • Sous forme d’huile essentielle : prendre dans une cuillérée de miel 2 gouttes matin et soir aussi longtemps que besoin.
  • L’huile essentielle de lavande est aussi efficace en application locale que prise par voie interne. Pour effectuer des massages doux contre les migraines par exemple, mettre 2 gouttes d’huile essentielle de lavande et 2 gouttes d’huile essentielle de menthe poivrée dans un peu d’huile d’amande douce. Frotter les zones douloureuses dès le début de la crise.
  • Dans la chambre, pour aider au sommeil, on peut utiliser un diffuseur d’huile essentielle à mettre en route ½ heure à 1 heure avant le sommeil (arrêter l’appareil au moment d’aller se coucher).

La lavande, oui, mais laquelle ?

  • D’après le Dr Franck Gigon, spécialiste en phytothérapie, la lavande vraie (Lavandula angustifolia), est « la Rolls des huiles essentielles de lavande, surtout dans sa version “fine” qui fait référence à une appellation d’origine contrôlée. [4] » C’est une huile essentielle facile à utiliser, aussi bien directement sur la peau pour faciliter une cicatrisation ou lutter contre l’inflammation que pour calmer les esprits stressés.
  • La lavande aspic (Lavendula latifolia), contenant en plus du camphre, doit être d’usage uniquement local sur la peau mais reste un must pour les agressions d’insectes et la petite traumatologie (attention allergie camphre, femme enceinte et allaitante).
  • Le lavandin super (Lavendula hybrida), est un hybride issu d’un croisement des deux premières lavandes citées ci-dessus, qui possède un excellent rendement exploité en parfumerie industrielle mais avec des variétés de qualité inégale et souvent un peu moins efficaces que la lavande vraie.
  • On déconseillera l’huile essentielle de lavande papillon (Lavendula stoechade), espèce maritime trop riche en cétones et donc assez délicate d’utilisation ! (Abortive et neurotoxique)

L’Alliance sacrée

Et maintenant, pour finir je voudrais vous demander de lire tout haut ces quelques lignes, issues du Livre des Bonnes Herbes de l’ethnobotaniste Pierre Lieutaghi, l’une des lectures les plus poétiques et les plus utiles qu’on puisse faire lorsqu’on s’intéresse aux plantes médicinales.

Lieutaghi y évoque l’alliance sacrée entre les plantes et les hommes.

« Il y eut un temps où, sans les connaître par leur nom, l’homme était proche des herbes.

Non seulement parce que, les pressentant magiques, il en parait les autels de ses dieux, il en ceignait le front des plus purs, mais il les avait devant sa porte, tout de suite, et la grande mer des champs venait battre son seuil comme un ressac.

L’alliance alors se faisait d’elle-même : pour l’enfant malade, pour le père blessé, pour la mère fourbue par tant de pain pétri, par tant de lin lissé, et dont la vie s’effilochait un jour, brutalement, comme la laine du rouet quand l’axe vient à faillir, le peuple des simples (plantes courantes, ndlr) déléguait un rameau, une touffe, un bouquet, qui, s’ils n’apportaient pas toujours la vie, étaient un don de la vie forte à la vie qui faiblissait : l’échange était encore possible et la fumée qui montait plus tard d’un feu de myrte ou de sauge était le seul dû de la guérison. »

Un don de la vie ! Eh bien il me semble que la belle lavande trouve aujourd’hui toute sa place dans cette alliance.

Mais nous, les hommes, saurons-nous y tenir notre part ?

Amicalement,

Florent Cavaler





6 réponses à “La lavande, le paradis bleu”

  1. Christelle dit :

    Bonjour,
    Je suis actuellement sous antidépresseurs pour soigner une anxiété généralisée. Dans cet article, il n’est pas mentionné si l’on pouvait prendre l’HE de lavande en plus des AD ?
    Si quelqu’un a une réponse, je suis preneuse !
    Merci beaucoup

  2. LOTTO MICHELE dit :

    vest ce que vous ignorez qu’on peut aussi être allergique à la lavande?
    Je suis née et je vis en Provence et pourtant….
    Moi je le suis sous toutes ses formes! laissez- moi dans un champs de lavande ou tartinez moi un bras avec une crème à la lavande et j’ai immédiatement maux de tête nausées vomissements et œdème!
    Il faudrait être plus précautionneux dans vos affirmations!

  3. elisabeth ARKUS dit :

    Merci pour cet article très intéressant. J’utilise
    la lavande localement, mais ( personnellement )
    elle a une action calmante surtout pour les
    petites douleurs. Toutefois, je me mets l’huile
    essentielle de lavande sur les bras avant de
    dormir et elle a une excellente action. Je n’utilise
    que la bonne qualité, envoyée par une amie qui
    habite près de Grasse. Voici une belle plante
    dont je ne saurais me passer.

  4. berthelot dit :

    Je voudrais signaler que l’on peut être allergique à cette HE! c’est ce qui m’est arrivé en traitant mon fils, alors faire un test de sensibilité même si cette HE est normalement dite bien tolérée: c’est une HUILE ESSENTIELLE et mieux vaut bien savoir les utiliser!
    j’ai un souci pour accéder à « Mystérieuse disparition » ainsi qu’aux 2 autres offres, Quand je click: une page s’ouvre: Ah il semble qu’ une erreur se soit produite! je suis dirigée vers le formulaire ou aucune proposition n’est compatible avec mon problème!!! Je n’ai pas pu ainsi finaliser ma commande de l’offre de ce jour avec la Méthode UHL que j’ai faite par l’intermédiaire de mon abonnement à Alternative&Santé!! je n’en connais pas encore le résultat, recevrai-je ou pas cet ouvrage??? je vous serais très reconnaissante de me dire d’où vient ce problème, quelle en est la solution? Dans l’attente de vous lire, veuillez accepter mes remerciements anticipés, Monique Berthelot

  5. Jeanne SORAL dit :

    Votre article est très intéressant et ce que vous dites à propos de la lavande est juste. Mais je regrette qu’au chapitre des rares contre-indications vous n’indiquiez-pas le fait qu’un usage prolongé ou que l’utilisation de doses trop élevées puissent avoir, parait-il, un effet de perturbateur endocrinien à la longue ou un effet hypotenseur trop important (pouvant provoquer l’endormissement des enfants traités contre les poux par exemple). Chaque personne étant différente, il faut donc commencer le traitement par des doses minimum et les augmenter progressivement si nécessaire en fonction des réactions.
    Personnellement, contre l’insomnie, je frictionne une goutte sur le poignet en période d’insomnie sévère et quand ça s’améliore, une goutte ou deux sur ma taie d’oreiller suffisent ! Bien qu’adulte, je suis très sensible et j’ai remarqué que deux gouttes par jour sur la peau finissent par provoquer une forme d’asthénie, alors qu’ à plus faible dose, c’est relaxant et apaisant… En conclusion, cette merveille de la nature est à utiliser avec prudence et circonspection en tenant compte des spécificités de chacun !

  6. Sylvain dit :

    Ça me fait toujours rire quand on prend les anciennes civilisations comme source de science.
    Certes, ils avaient certaines connaissances. Heureusement ! Sinon on n’aurait pas survécu. Mais ils faisaient aussi beaucoup de bêtises. Ces Romains qui utilisaient de la lavande pour se soigner (bravo !), faisaient aussi pourrir du poisson dans des seaux en plomb pour le manger.
    Vive la sagesse ancienne.

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