Le chou superstar

Chère lectrice, cher lecteur,

Évidemment, quand on voit sa grosse tête toute ronde, son air joufflu de notaire en habit vert, on ne peut pas soupçonner une seule seconde que le chou de chez nous, le chou tout bête, puisse avoir une ascendance… de seigneur.

Et pourtant…

Au commencement de la race, ancêtre de la majorité des choux cultivés (chou blanc, chou rouge, chou de Milan, chou-rave, chou de Bruxelles etc.), nous trouvons en effet le chou sauvage, fier crucifère planté sur les falaises atlantiques de l’Ouest, seigneur d’un monde qui sent l’iode et qui a pour fond sonore le murmure du vent, les vagues qui se cassent et le piaillement des mouettes.

C’est lui, ce chou sauvage, le Corto Maltese des légumes, qui a donné naissance à la grande lignée des choux que les plus grands médecins et herboristes, de l’Antiquité jusqu’aujourd’hui, ont pieusement révéré comme un fabuleux remède, peut-être même le meilleur de tous !

Mais qu’est-ce qu’ils ont tous avec le chou ?

« Il est peu de remèdes aussi simples et à la portée de chacun, et nous pouvons affirmer qu’il est peu de remèdes aussi utiles, bienfaisants et efficaces en thérapeutique que notre chou », affirmait l’abbé Neuens, grand spécialiste des plantes.

Avant lui Caton, le célèbre agronome latin, en faisait déjà l’éloge : « Le chou est le premier de tous nos légumes. Si dans un repas vous désirez boire largement et manger avec appétit, mangez auparavant des choux confits dans du vinaigre, et autant que bon vous semblera ; et de même après le repas mangez-en cinq feuilles environ, vous serez comme si vous n’aviez ni bu ni mangé, et vous pourrez de nouveau boire à votre aise. »

Pline l’Ancien, dont nous avons déjà ici souligné le sens de la « punchline » [1], affirmait que les Romains devaient au chou d’avoir pu se passer de médecins pendant six siècles !!! Ils l’employaient comme purgatif et dépuratif, ils en préparaient des cataplasmes contre les douleurs rhumatismales névralgiques, la sciatique, la goutte.

Hippocrate le recommandait contre les maladies de cœur et la dysenterie.

Paracelse prétendait que le chou pouvait guérir la plupart des maladies.

Et même Louis Pasteur, paraît-il, en mangeait chaque fois qu’il était malade.

Si bien qu’en faisant cette petite recension, je me dis qu’il ne manque plus qu’une comédie musicale à Broadway, « Mon petit chou Superstar », pour que soit complétée la glorieuse histoire de notre légume.

Le chou Superstar

Il faut dire que le chou, c’est quand même quelqu’un !

Le chou, à l’intérieur, est pectoral, béchique (guérit la toux), antianémique, vermifuge.

  • Pectoral : c’est la haute teneur en soufre du chou qui explique en partie son action bénéfique sur les voies respiratoires. En cas de bronchite, rhume, asthme : décoction avec 60 g de chou cuit 1 h dans 0,5 l d’eau additionnée de 70 g de miel. 2 à 3 tasses par jour.
    On utilise aussi le suc des feuilles broyées et pressées dans un linge. Une bonne méthode consiste à faire bouillir suc frais et miel à parts égales, en écumant jusqu’à disparition complète de l’écume. 3 à 4 cuillerées par jour.
  • Anti-anémique : la chlorophylle du chou permet la remontée du taux d’hémoglobine. Sa forte teneur en vitamines A et C ainsi qu’en substances minérales essentielles en fait un aliment de choix contre l’anémie.
  • Vermifuge : il faut administrer le suc de choux à la dose de 1 cuillerée à 1 cuillerée ½ par jour. Chasse les oxyures et les ascarides.

À l’extérieur, c’est un excellent cicatrisant (brûlures, plaies, piqûre d’insectes) mais aussi un calmant utile d’après l’herboriste Mésségué, en cas d’insomnie notamment.

Contre les douleurs des rhumatismes, de la goutte, des points de côté ou de la sciatique, on utilise les feuilles de chou rapidement chauffées sous un fer à repasser, entre deux linges et appliquées directement sur la peau.

Dans un dossier consacré à la prévention du cancer du sein [2], la gynécologue Bérengère Arnal recommandait la consommation régulière de choux, riches en indole-3-carbinol, pour leur double action : la première au niveau de la détoxication hépatique des œstrogènes [3], et la deuxième spécifique anticancéreuse en « interférant avec le récepteur des œstrogènes » [4].

Ce n’est là qu’un exemple de l’utilité du chou dans la prévention anticancer, mais on le retrouve aussi cité pour prévenir les cancers du côlon et du foie [5] [6].

Faites votre cataplasme de chou

Choisissez des feuilles charnues et aussi fraîches que possible.

Lavez-les à l’eau courante et essuyez-les.

Ensuite, retirez la grosse côte centrale.

Écrasez la feuille avec un rouleau pour bien faire suer le suc. Appliquez-en 3 épaisseurs sur la zone affectée et recouvrez d’une bande élastique.

Au début, la compresse peut provoquer une recrudescence des douleurs. Faites alors des applications de 1 heure ou 2, espacées par des intervalles de 6 à 12 heures. Arrêtez le traitement si cette aggravation ne disparaît pas après quelques jours.

Très esthétique, vous pouvez aussi tester le casque de feuilles de chou contre les maux de tête ! À maintenir en place avec une bande élastique ou un foulard.

À la mode également, le soutien-gorge en feuilles de choux pour soulager les engorgements des seins qui allaitent et éviter les infections. Maintenir en place environ 1 heure.

Le chou, ça se mange aussi

Bien sûr, le chou n’a pas seulement un intérêt sous forme de cataplasme. Je vous rappelle que c’est avant tout un aliment.

Il est riche en fibres, en minéraux et oligo-éléments (calcium, phosphore, potassium, fer, magnésium…), en antioxydants (vitamines C, E, B1, B2, provitamine A…), etc.

Contrairement aux préjugés, le chou est un précieux allié pour l’estomac et les intestins.

Un scientifique américain, le Dr Garnett Cheney, a par exemple montré que le jus de chou pouvait être efficace en cas d’ulcère gastrique [7]. Sur les 65 malades qu’il traita durant son étude, 62 furent guéris au bout de trois semaines. On me dira que l’échantillon n’est pas de taille spectaculaire, je répondrai : essayez quand même, vous ne risquez rien…

Notons au passage que la choucroute, cette conserve de chou, est excellente elle aussi pour la digestion : son acidité est précieuse aux estomacs paresseux et son acide lactique est un bon désinfectant de tout le tube digestif.

À ce propos, je m’en voudrais de ne pas vous signaler l’enquête absolument unique de mon collègue Eric Müller, de la lettre Néo-Nutrition, qui casse complètement l’image « ringarde » de la choucroute et lui rend une modernité qui pourrait bien en faire le plat préféré de la jeunesse ! (https://www.neo-nutrition.net/choucroute-probiotiques/)

Maintenant, pour conclure, je ne saurais dire mieux que le Dr Blanc, médecin dans la Drôme et auteur d’un remarquable fascicule sur le chou, publié en 1881 et réédité cinq fois depuis [8] :

« Je puis donner l’assurance la plus autorisée qu’il est bien peu de remèdes naturels dont on puisse dire autant de bien que notre chou vulgaire. »

Alors oui, le glorieux chou sauvage ancestral est peut-être devenu « vulgaire ». Sic transit gloria mundi, comme on dit (« Ainsi passe la gloire du monde »)… Mais notre légume a gardé intactes, dans ses feuilles si précieuses, les belles vertus d’autrefois.

Le chou a tenu son rang.

Santé !

Gabriel Combris




Sur le même thème, vous aimerez sans-doute ...


Ne sautez pas dans ce bain toxique ! Et aussi : êtes-vous addict au sucre ? Et la vitamine reine pour rester plus jeune est… et mieux vaut parfois être sourd...
Un légume stylé contre les troubles digestifs Et aussi : mangez dans vos poubelles, enquête au ministère, et mieux vaut (parfois) être sourd Elle s’appelle Helicob...
Une vie gratuite En France, il paraît que l’école est gratuite, la santé est gratuite, etc. La France est-elle un exemple d'altruisme ? ...

[1] Voir notamment ma lettre sur la consoude
[2] Revue Plantes & Bien-Être, octobre 2015.
[3] L’indole-3-carbinol stimule les enzymes hépatiques de détoxification des œstrogènes. Il oriente vers la voie de décomposition des œstrogènes (endogènes, de synthèse et xéno-œstrogènes) qui n’augmente pas le risque de cancer du sein et pourrait même être protecteur (voie 2OH-hydroxyoestrone). Les autres voies (4OH et 16OH) augmentent le risque de cancer du sein.
[4] 2012, http://www.anticancerfund.org/fr/therapies/indole-3-carbinol
[5] Le Chou et sa Feuille, Krysia Majchrzak, Testez éditions, 2016.
[6] Site ISPN : Un remède sulfureux contre le cancer
[7] Garnett Cheney, Rapid healing of peptic ulcers in patients receiving fresh cabbage juiceCalif Med. 1949 Jan; 70(1): 10–15.
[8] Notice sur les propriétés médicinales de la feuille de chou et sur son mode d’emploi

7 réponses à “Le chou superstar”

  1. Michèle Desvignes dit :

    Article comme toujours très intéressant. J’aimerais savoir comment le prendre pour l’anémie, ça m’éviterait les désagréments liés au manque de fer (essoufflement, tristesse……).
    Merci à vous et continuer à nous faire profiter de votre fiche savoir.
    Michèle

  2. Francoise CHOMIENNE dit :

    Malgré tout le bien que j’entends dire du choux, il ne m’aime pas. Je suis malade dès que j’en mange même en petite quantité (maux de ventre intenses), et ce pendant plusieurs jour.

  3. Aufrere dit :

    Merci pour vos articles très interessants.
    Je trouve votre lettre formidable qui pourrait aider de nombreuses personnes. Continuer vous êtes formidable.
    Maritė

  4. Dahan dit :

    Je l utilise aussi contre les bosses et les chocs.
    Ma mère utilisait le jus de chou frais sorti de la centrifugeuse pour calmer ses maux d estomac à la place du bismuth.

  5. Brissonnaud dit :

    Est’il vrai que lorsque l’on Fait une crise de goutte , il faut s’abstenir De manger des choux ? Vert ,pomme ,de Bruxelles ecxt ….

  6. YVETTE HEBERT dit :

    vous avez sûrement raison pour le chou, mais je suis surprise lorsque vous dites que c’est bon pour les intestestins , le mien refuse la choucroute (que j’adore ) et souvent la variété de choux . cela me donne des problèmes (je passe ma vie aux toilettes !)
    Bref, il faut quand même prévenir les lecteurs que cela peut arriver …. Bien à vous Yvette Hébert

  7. Villette dit :

    J’ai employé’le Cataplasme de chou sur les seins pendant la montée de lait si douloureuse après l’accouchement. Cela fut le seul remède qui m’ait soulagé. Effet anti-inflammatoire et rafraîchissant garanti! C’etait Un conseil qu’une amie avait reçu par le personnel soignant du ChU de Poitiers.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *