Une leçon du Maître des plantes

Maurice Mésségué est un célèbre herboriste Français qui nous a quittés en juin 2017 à presque cent ans. 

Dans son livre, « Des hommes et des plantes », il rend un hommage bouleversant à son père, un paysan du Gers dont il avait hérité le don et l’art de soigner par les plantes et les fleurs. 

Et j’ai trouvé que les lignes qu’il écrit au sujet de la transmission de la connaissance de la Nature pourraient inspirer bien des professeurs, au moment où des millions d’élèves s’apprêtent à faire leur rentrée des classes. 

Bien sûr il faut apprendre à lire, à compter, à démontrer, à synthétiser, etc. Mais la belle vie du père de Maurice Mésségué nous montre qu’il faut aussi apprendre à regarder. Regarder avec les yeux, mais surtout avec l’âme et le cœur. 

Gabriel Combris

Extraits du livre « Des hommes et des plantes » de Maurice Mésséguéparu en 1970. 

« Mon père n’était pas un paysan comme les autres, il n’avait pas de terre, nous étions trop pauvres et il ne se louait pas, non plus, pour la cultiver. »

« La terre, il l’aimait à sa façon, il ne la travaillait pas, il la regardait. Elle était son livrede la science du bien et du mal ! Il passait des heures à l’apprendre. Il ne faisait rien. Mon père passait sa vie à contempler, à observer, à regarder et on le prenait pour un paresseux. Moi, cinquante ans plus tard, je le prends pour un sage. »

« Petit enfant, je le voyais revenir avec de pleines brassées de plantes souvent fleuries. Je trouvais ça joli, d’ailleurs tout ce que mon père faisait était joli, c’était un artisan de la beauté : mais je ne savais pas pourquoi il les rapportait chez nous. Plus tard, je l’accompagnais et il me montrait des herbes, des plantes.

– Mon petit, regarde l’herbe qui pique (l’ortie) toute velu et si peu douce, mais si tu sais la prendre, comme ça bien par en dessous, elle ne te piquera pas. Cuite, elle est douce à l’estomac et au ventre ».

« Pour lui, la chélidoine était « l’herbe aux hirondelles ». Personne ne l’a jamais employée comme lui et maintenant comme moi. En usage externe on se sert de son suc sur les verrues, comme anti-ophtalmique et sur les tumeurs scrofuleuses, les ulcères sordides scorbutiques et atoniques. Mon père me disait qu’il avait découvert une des vertus de cette plante en observant un nid d’hirondelles sous le toit de la maison.

– Tu comprends, je voyais la mère qui apportait un brin de chélidoine à son nid. Ce n’était pas pour le donner à manger à ses petits, alors pourquoi ?

A force de patience il a fini par comprendre. L’hirondelle tenait dans son bec la plante et la frottait contre la tête d’un petit, toujours le même, celui dont les yeux restés fermés. Quand ils se sont enfin ouverts, l’hirondelle n’a plus apporté de chélidoine. »

« Mon père utilisait une quarantaine de plantes mais ses préférées, celles dont il usait plus fréquemment étaient : l’aubépine, la feuille d’artichaut, le bouton-d’or, la chélidoine, le chiendent, le cresson, le coquelicot, le genêt à balai, la lavande, la menthe, les orties, le persil, le pissenlit, le plantain, la rose, les ronces, la sauge, le trèfle incarnat, la violette.

Ce qui étonnait le plus les gens d’ici, c’était la manière de vivre de mon père, on disait : « Ey a leu tens » – Lui, il a le temps ! »

Comment on apprend la vie

« Je le revois encore à plat ventre dans les prés, à l’orée du bois, passant des heures à regarder les lapins, les lièvres qui n’avaient pas peur de lui. Je restais à côté et il me disait :

– Mon chéri, ce n’est pas en courant dans tous les sens, sur tous les chemins, qu’on apprend la vie. C’est en la regardant et eux, tu vois ils en savent plus que nous…Ils connaissent les plantes, ils connaissent les herbes, les bonnes et les mauvaises, ils savent comment se nourrir avec, comment se soigner… »

« Il avait raison. Un animal sauvage vivant en liberté ne s’empoisonne pas, il fait son choix. C’est un instinct qu’ils perdent quand ils sont domestiqués, qu’on leur apporte de la nourriture, qu’ils n’ont plus à la chercher, à la défendre et qu’on appelle le vétérinaire quand ils sont malades. Un lapin en clapier ne distingue plus les dangers du mouron rouge et il en crève, un chat en appartement mange du muguet qui est très dangereux pour lui. »

« Certains chiens, encore assez près de leur origine (loups, bergers) discernent deux sortes d’herbes : ils utilisent comme vomitifs des herbes légèrement velues sur les bords et comme purgatifs le chiendent. Il faut citer le cas récent de cet isard, blessé à la cuisse et qui s’est fait lui-même avec sa bouche un emplâtre de glaise et d’herbes ; de la belette laquelle avant de livre bataille aux vipères se roule sur du plantain dont les feuilles sont efficaces contre les piqûres d’abeille et le venin des vipères. »

« Cette connaissance des bêtes, mon père la tenait de son grand-père qui avait réussi à élever des renards avec des perdreaux, des lapins avec des belettes.

Je trouvais tout ça très simple. Trente ans plus tard, j’ai compris que derrière cette simplicité se cachait la sagesse, celle que donne la connaissance.

Aujourd’hui, de plus en plus, la science, pour essayer de comprendre, de connaître l’homme, étudie les animaux, leur comportement, leurs besoins.

Mon père, cet empirique de talent, savait tout cela et me l’a transmis. »

Apprendre la vie à plat ventre dans les prés ? 

Je vais de ce pas faire la suggestion au nouveau Ministre de l’Education Nationale. Et qui sait, peut-être me répondra-t-il ? Si quelqu’un parmi les lecteurs de PureSanté a des relations au Ministère, je lui serais reconnaissant de transférer mon message.

Santé !

Gabriel Combris




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