Les sous-doués font médecine

Dans le film « Les Sous-doués passent le bac », la directrice d’une école réservée à des cancres fortunés (interprétée par Maria Pacôme) décide de soumettre ses élèves à une redoutable machine à apprendre (voir ici : https://www.youtube.com/watch?v=crKrGjGpjBw).

J’ai repensé à ce film en découvrant l’existence de cet objet un peu curieux :

La machine dans laquelle aura peut être lieu votre consultation du futur

Voici la « Consult Station », la première cabine de télémédecine. Après la machine à apprendre, il s’agit donc de la machine à soigner.

Jugez la bête :

Elle a les dimensions d’un photomaton, avec un siège incliné, un écran d’ordinateur pour guider le patient ou organiser une téléconsultation (consultation médicale à distance avec un médecin en vidéoconférence).

On trouve à l’intérieur des instruments « pour peser, mesurer, calculer l’indice de masse corporelle, prendre la tension, le pouls, connaître le taux d’oxygène dans le sang », mais aussi un stéthoscope, un dermatoscope, un rétinographe, un électrocardiogramme etc.

Le patient est aidé par une voix off et des tutoriels qui lui indiquent comment utiliser les différents appareils. Quant au médecin, il a accès, via un site web sécurisé, aux différentes prises de mesures réalisées et peut décider d’une consultation « en présentiel » (ça veut dire « en vrai ») si les résultats l’imposent.

En fin de consultation, il peut rédiger une ordonnance qui est transmise par courrier au patient. Un lecteur de carte vitale est également prévu pour le paiement de la consultation.

La première « Consult Station » a été installée il y a quelques semaines dans les locaux d’une pharmacie au centre-ville de Roanne (Loire) pour y pratiquer un test grandeur nature.

Et on peut prédire que ce système de médecine à distance se développera bientôt dans les régions touchées par la désertification médicale  [1] [2].

 

L’artiste de la guérison

 

Mais déjà on entend des voix qui parlent d’une robotisation de la médecine, de sa déshumanisation, d’une trahison faite au serment d’Hippocrate etc.

Pardon, mais il me semble que ces gens s’emballent un peu vite (comme la directrice de l’école des sous-doués…)

Si cette innovation permet réellement à des personnes qui vivent éloignées d’un médecin, qui ont des difficultés à se déplacer, etc. de faire un contrôle minimum sur certains paramètres de santé, très bien.

Mais je pense que le développement de ce type d’outil va faire le contraire de ce qu’ils prévoient : il donnera toute sa valeur à un entretien avec un vrai médecin. Quelqu’un qu’on voit, qu’on touche en arrivant dans son bureau, quelqu’un avec lequel on peut se prendre de bec, qui est fait de chair et d’os et, surtout, qui vous écoute

Car c’est bien lui le vrai médecin.

« Un artiste de la guérison », comme le décrivait Samuel Hahnemann, inventeur de l’homéopathie. Voici ce qu’il écrivait sur l’écoute médicale :

 

« Pour percevoir précisément ce qu’il y a à observer chez les malades, on doit diriger toutes ses pensées dans cette direction, pour ainsi dire s’abandonner soi-même, et s’attacher au sujet avec toute son intelligence, pour que rien de ce qui appartient effectivement au sujet et de ce que l’on puisse recueillir par chaque sens en éveil, ne nous échappe.

« Ici, l’imagination poétique, l’esprit folâtre, et la supposition doivent temporairement se taire, et toute subtilité, ergotage, et volonté d’explication doivent être réprimés.

L’observateur n’est là que pour comprendre l’apparition et la progression des phénomènes ; son attention seule doit veiller non seulement à ce que rien de présent ne lui échappe, mais aussi que sa perception soit comprise aussi exactement qu’elle est réellement.

« Cette aptitude à observer n’est jamais complètement innée ; elle doit être acquise par l’exercice, perfectionnée par la purification et la correction des perceptions de nos sens, c’est-à-dire par une critique sévère de nos vues rapidement comprises des objets extérieurs ; et la froideur en outre nécessaire, le calme et la fermeté du jugement doivent être gardées sous la surveillance d’une défiance constante de notre intelligence.

« Seul l’observateur soigneux peut devenir un artiste attentif de la guérison.  [3] »

 

Une machine, aussi performante et précise soit-elle, ne changera rien du tout à cela.

Elle vous dira peut-être que vous avez une tension trop haute, ou un verre de lunette à changer parce que votre vue de l’œil gauche a baissé.

Mais pour le reste… comptez sur vous, sur la nécessaire introspection thérapeutique à mener quand on est malade, sur le dialogue avec le praticien. Les chemins de soin et de guérison réclament que nous soyons acteurs de notre santé. Pas que nous agissions… comme des machines.

 

Coup de chapeau aux étudiantes en médecine 

 

Et puis lorsqu’on observe ce qui est en train de se passer aujourd’hui, on se dit qu’il y a aussi de formidables raisons d’espérer.

Je voudrais par exemple vous faire découvrir les témoignages de trois jeunes étudiantes en médecine.

Elles ont assisté pendant plusieurs mois aux consultations quotidiennes d’un cabinet de médecin généraliste. Ce sont des jeunes filles bien dans leur époque, parfaitement conscientes des progrès formidables de la science et de la technologie, mais voyez ce qu’elles disent du rendez-vous chez le généraliste :

« Le cabinet du généraliste est un lieu d’investigation médicale et de diagnostic des multiples pathologies rencontrées au cours de la vie, et ce de l’adolescence au plus grand âge. Mais c’est surtout un espace intime où le patient peut parler de lui, de ce qu’il vit en parallèle de ses affections. Le médecin de premier recours prodigue (…) une oreille bienveillante et attentive, ce qui en substance est souvent déjà un soulagement. » (Jessica)

 

« Le médecin ne reste pas indifférent devant la difficulté et la vulnérabilité du patient. L’écoute empathique est présente, le médecin est réceptif vis-à-vis des sentiments de celui-ci et de ses pensées. Chacun est à l’écoute de l’autre, patient et médecin se complètent (…) Pendant une consultation, le médecin ne s’adresse pas à un patient qui a un cancer, il s’adresse à une personne, dans son ensemble, une personne qui a certes un problème de santé, mais qui continue à vivre normalement, à travailler, à profiter de sa famille, enfants, petits-enfants. » (Mihaela)

 

« La relation qui peut s’établir entre un médecin et son patient, on nous en parle beaucoup, on nous fait faire des jeux de rôles, que nous prenons plus ou moins au sérieux. Mais en réalité, tant qu’on ne l’a pas vu ou vécu, on ne peut pas vraiment savoir ce que c’est. » (Joëlle) [4]

 

La science confirme ce que ces jeunes étudiantes ont constaté : plus les médecins sont à l’écoute de leurs patients, mieux ils soignent.

Dans l’une des études qu’elle a consacrées aux émotions positives, Alice Isen, professeur de psychologie à l’université Cornell, a constaté que les médecins de bonne humeur intègrent plus rapidement les données transmises par leurs patients, restent moins longtemps fixés sur une idée, sont davantage prêts à renoncer à des conclusions prématurées et, de ce fait, améliorent leurs performances diagnostiques. [5]

Alors, vous voulez savoir ? La machine à soigner, c’est vraiment les sous-doués qui font médecine… Du cinéma pour détendre tout le monde.

Santé !

Gabriel Combris




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8 réponses à “Les sous-doués font médecine”

  1. Colombe C. dit :

    Bonjour ! Je pense que ce que disent ces trois jeunes filles est, à l’heure actuelle, très utopique lorsque l’on constate que le médecin que vous parvenez à consulter vous  » expédie  » en quelques minutes ! Il ne prend plus guère la peine de vous écouter…
    En revanche, je suis d’accord avec le fait que l’humeur du médecin est primordiale : je me souviens qu’à une époque j’avais souvent des problèmes avec mon estomac mais, après l’attente plus ou moins longue en salle d’attente (ce médecin là prenait le temps d’écouter ses patients – c’était dans les années 1980/1990), dès que j’entrais dans son cabinet je ne savais même plus pourquoi j’avais pris R.V ! Son accueil était tellement chaleureux, tellement gai et ouvert qu’aussitôt on se sentait bien, presque guéri !!! Ce super médecin est depuis, hélas, décédé… d’un cancer.

    • le justicer dit :

      si un médecin meurt du cancer c’est qu’il n’est pas si super que cela .
      De plus ces 3 futures doctoresses sont hypocrites et je trouve cela grave car elles devraient au contraire mettre un coup de pied dans la fourmillière au lieu de flagorner un système corrompu

  2. Brakel Véronique dit :

    Les témoignages de ces étudiantes me surprennent par leur idéalisation de cette profession, faites donc un sondage auprès des patients pour voir quel est leur ressenti à ‘issue d’une consultation!
    Quant à cette machine qui me fait peur vous oubliez une chose très importante que les médecins aujourd’hui n’incluent pas dans leur domaine de compétence, ce sont les odeurs des patients, car celles ci renseignent également sur l’état de santé des personnes qui sont en face d’eux…

  3. Sam dit :

    Je suis content d’apprendre qu’il y a une planete ou les generalistes font preuves d’empathie. Car lorsque que l’on connait les stats de la sécu du tempts moyen de consultation et oscultation en moyenne de 7 min par patient voir moins
    Que dans mon quartier, un généraliste fais pas moins de 60 patients par jour.
    Pouvez vous me dire ou se trouve ces praticiens en voie de disparition…..

  4. Carine L. dit :

    Vous me faites rigoler quand vous dites que les médecins sont à l’écoute de leurs patients ! Franchement beaucoup de médecins ne les regardent même pas, ne les écoutent pas. Ils ont la théorie dans leur tête ou dans leur pc, Ils ne voient pas la personne dans leur ensemble, Et quand ils ont une idée de la maladie que vous avez, ils n’en démordent pas ! A croire, qu’ils ont peur d’avouer leur ignorance sur ce qui vous rend malade, en vous envoyant chez un spécialiste par exemple.

  5. thea dit :

    ça serait le top si les médecins vous écoutent vraiment; malheureusement j’en connais BEAUCOUP qui ne le font pas, surtout des « spécialistes », mais aussi des homéopathes : 10 minutes de consultation, pas plus et ce que l’on leur raconte n’est même pas retenu vraiment…… il est temps que ces médecins apprennent à considérer les patients comme HUMAINS

  6. JACQUES QUARANTA dit :

    Vous écrivez en ligne 1: «  »engraisser » » l’industrie pharmaceutique ! Quel mot vulgaire et innapproprié pour ce sujet !

  7. JACQUES QUARANTA dit :

    Si vous avez envie de dire que l’ industrie pharmaceutique fait de « bonnes affaires »,, dites le autrement que « engraisser ».. C’est, en l’occurrence, un terme minable..
    C’est dommage, votre article aurait pu être lisible.

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