L’histoire du baiser le plus fou au monde

Chère lectrice, cher lecteur,

La lettre d’aujourd’hui est un peu spéciale. Elle raconte l’histoire d’un baiser.

Alors vous allez peut-être que me dire que cela n’a « rien à voir avec le schmilblick », et pourtant…

Il faut dire qu’un baiser pareil, je peux vous assurer que vous n’en avez JAMAIS vu d’autre. Ni dans Titanic, ni dans Roméo et Juliette ni dans Paris Boum Boum (ancien journal d’annonces olé-olé, ndlr).

Le plus formidable, c’est que c’est le genre « tout bien, tout honneur » : distingué, aérien, audacieux, splendide, vibrant.

Voici le baiser tragique de la vallisnère.

Limite un peu plouc

D’abord, une petite présentation s’impose : la vallisnère (ou vallisnérie) est une plante en apparence banale, sans grand intérêt. Limite un peu plouc. « Une herbe assez insignifiante qui n’a rien de la grâce étrange du nénuphar ou de certaines chevelures sous-marine » a écrit un auteur à son sujet.

C’est que la plante est discrète, vivant tapie dans une sorte de demi-sommeil au fond de l’eau.

En réalité, son existence entière n’a qu’un seul et unique objectif : préparer l’heure somptueuse de sa noce.

Lorsqu’arrive l’instant tant attendu, la fleur (femelle) déroule lentement la longue spirale de son pédoncule, et vient s’épanouir à la surface de l’étang.

D’une souche voisine, les fleurs mâles la repèrent, et à leur tour s’élèvent vers celle qu’ils convoitent.

Mais voilà que cette cour étonnante est maintenant…stoppée nette !

« On s’appelle, on se tient au courant »

Arrivées à mi-chemin, les fleurs mâles se rendent compte de la terrible « arnaque » : leur tige est trop courte ! Oui, trop courte !! Jamais l’union des étamines et du pistil [1] ne pourra avoir lieu. Non mais franchement, a-t-on jamais vu système aussi mal fait !?

Pour comprendre le supplice que peut vivre cette pauvre plante, il faut se mettre à sa place une petite seconde ; l’objet du désir est là, juste sous vos « yeux », il vous attend, il vous nargue, il vous obsède, mais ce sera…non ! « Allez, sur ce bonne journée, on s’appelle on se tient au courant… »

Destin cruel, insupportable.

Mais alors qu’on se croit à la fin de l’histoire, qu’on imagine à peine la déception de la fleur mâle, c’est à ce moment précis qu’intervient le génie sans limite de la Nature.

Les mâles savaient-ils ce qui les attendait ?

En tout cas, ils ont renfermé en eux une bulle d’air et soudain, dans un effort totalement incroyable, ils s’arrachent à leur pédoncule pour que leurs pétales viennent crever la surface des eaux.

Et je laisse le grand poète et botaniste Maurice Maeterlinck décrire ce qui se produit ensuite :

« Blessés à mort mais radieux et libres, ils flottent un moment aux côtés de leurs insoucieuses fiancées ; l’union s’accomplit, après quoi les sacrifiés s’en vont périr à la dérive, tandis que l’épouse déjà mère clôt sa corolle où vit leur dernier souffle, enroule sa spirale et redescend dans les profondeurs pour y mûrir le fruit du baiser héroïque ». [2]

Tout simplement magnifique…

Le baiser du sacrifice, qui donne un sens absolu à une vie qu’on a décrit comme banale, qui transforme la mort d’une plante en une vie pour une autre…Voilà tout ce qu’une vallisnère est capable de mettre dans un baiser.

Voilà l’exemple que la Nature met sous nos yeux.

Ainsi on découvre que des principes qu’on croyait purement humains et qui s’appellent solidarité, coopération, entraide, sacrifice même, dans le cas de la vallisnère, la Nature les connaît déjà et les pratique depuis toujours.

Mais quel sens donner à tout cela ?

Eh bien il me semble que les médecines naturelles, qui trouvent justement leur inspiration et leur légitimité dans cette Nature, doivent être tenues pour ce qu’elles sont : les médecines sources, les médecines racines.

Celles sur lesquelles d’autres techniques peuvent bien sûr prospérer, mais toujours dans le respect du grand lien avec le Vivant.

Amicalement,

Florent Cavaler

PS. Je vous ai envoyé il y a quelque temps une lettre sur les derniers instants de la vie, ces moments qui sont à la frontière de la mort, et pourtant encore dans la vie, quel que soit l’état de santé dans lequel on se trouve.

Cette lettre vous avait vivement fait réagir. (Ceux qui voudraient la découvrir ou la relire peuvent la retrouver ici).

Et à ce sujet, je voulais vous signaler l’existence d’un livre extraordinaire, « Toute fin est une histoire », écrit par une bénévole en soins palliatifs, Véronique Comolet.

La mort, écrit-elle, « est violente, scandaleuse, bouscule à chaque instant. Elle est libératrice, déchirante, sereine ou intolérable mais il faut parler de cette mort tant redoutée ».

C’est vrai, il faut absolument en parler, même si notre époque semble tout faire pour qu’on évite le sujet.

Dans son livre, Véronique Comolet ne s’embarrasse pas avec des grands mots lyriques, elle raconte en tout humilité « la souffrance de notre humanité défaite ». Par sa modestie, sa vivacité de ton, ce livre fait preuve d’une intense spiritualité. Si le sujet de la toute fin de vie vous intéresse, je vous conseille vivement sa lecture. Vous pouvez le commander chez votre libraire ou sur internet : https://www.amazon.fr/Toute-fin-est-une-histoire/dp/2849904716





[1] Le pistil est l’organe reproducteur femelle, c’est la partie centrale des fleurs qui formera le fruit et produira des graines. L’étamine est l’organe mâle de reproduction des fleurs, elle se trouve entre les pétales et le pistil et possède des sacs qui contiennent le pollen.

[2] Maurice Maeterlinck, L’intelligence des Fleurs

Une réponse à “L’histoire du baiser le plus fou au monde”

  1. LE SAYEC dit :

    Les liens de la publicité ne fonctionnent pas…
    Merci
    Bonne journée
    Pierre

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