Le métier qu’on apprend à 5 ans

Je voudrais aujourd’hui vous parler d’un petit garçon pas tout à fait comme les autres…

À l’époque où il était enfant, il n’y avait pas de tablettes, pas de téléphone portable à se coller sous les yeux pour jouer à un jeu vidéo ou envoyer des sms.

Mais il y avait quand même de sacrés spectacles ! Et il en était un que le petit Ludo Chardenon n’aurait raté pour rien au monde…

Celui de sa grand-mère, assise dans la cuisine de sa maison de Savignargues, dans le midi, qui lui apprenait à… reconnaître les plantes.

Sur la grande table en bois, il y avait, tout juste récoltées, l’angélique, la mauve, le méliot, la bourache, le coquelicot, l’armoise, le pissenlit, la mélisse, la chélidoine, le frêne, le saule, le sureau, la verveine, la bardane, la germandrée, le capillaire, et tant d’autres.

De simples plantes ? Non, autant de personnages d’aventures extraordinaires.

De chacune sa grand-mère lui racontait l’histoire, son rôle, et aussi sa merveilleuse utilité pour prendre soin des hommes.

L’aubier de tilleur ? À mettre dans une tisane contre les calculs biliaires. Lierre, paliure et huile d’olive ? Dans une préparation contre la cellulite.

Mais les plantes de sa grand-mère soignaient aussi l’asthme, les cors, la chute de cheveux, le déchaussement des dents, la diarrhée, l’eczéma, la goutte, l’incontinence, l’insomnie.

Les yeux ouverts plus grand que lui, le petit Ludo écoutait. Il avait 5 ans, et il était en train d’apprendre son métier.

« Avec patience, avec douceur, écrira-t-il plus tard dans un livre qui mêle ses souvenirs et ses remèdes les plus incroyables [1], ma grand-mère m’apprenait à reconnaître les plantes, à leur donner un nom, à mémoriser leurs qualités ou leurs dangers. »

« Pendant plus de six ans, chaque fois que l’école le permettait, elle m’instruisait aussi dans les champs et les collines, m’initiant non seulement aux plantes mais aussi aux fruits et aux baies. »

Devant le petit Ludo, elle cueillait, elle touchait, elle ramassait, elle préparait les tisanes, les baumes et les cataplasmes.

Et quand ce n’est pas sa grand-mère qui l’initiait au beau métier de ramasseur de plantes, c’était sa mère ou son voisin, le Papé Bigot, ou encore son institutrice, Mademoiselle G., qui avait en tête de faire réaliser un herbier à chacun de ses petits élèves, et les entraînait tous les jeudis dans les champs et les bois, faire des courses folles à la recherche des espèces les plus rares…

De la formation continue, dirait-on aujourd’hui.

Il faut lire les mémoires de Ludo Chardenon pour comprendre le monde qui était le sien, dans les années 1920.

On se nourrissait alors de « légumes du jardin, des fruits du verger, des fromages de la chèvre, des poulets, des lapins et de œufs de la basse-cour ».

Chaque année, on tuait le cochon avant l’hiver, on faisait son pain au levain et cuit au bois, on buvait le vin de la treille.

Le dimanche, c’était jour de messe, et l’après-midi, on courait dans les champs, certains petits chasseurs en herbe attrapaient des pies, oiseaux nuisibles. Ils les remettraient aux gendarmes, qui passaient au village une fois par semaine, en échange d’une petite pièce pour acheter des billes.

Une fois par an, il y avait la fête votive. « Une féerie » avec les lampions et les lanternes vénitiennes qui illuminaient le village.

Et que dire la Messe de minuit, à Noël !

« Celle-là, écrit Ludo, je ne l’aurais ratée pour rien au monde, malgré la rude marche qu’il nous fallait faire dans la nuit, à l’aller comme au retour. Mon père était le chantre attitré de l’église et, pour ma fierté, il chantait le Minuit chrétien ».

Mais pourquoi faire revivre ce temps disparu ? C’était il y a un siècle, après tout…

Vrai.

Mais la conclusion de Ludo Chardenon, écrite bien plus tard, résonne pour moi avec une formidable actualité :

« Nous étions heureux à Savignargues. Mais je me demande, à voir le monde où l’on vit aujourd’hui, si l’expression “être heureux” a encore un sens.

« Et si cette perte de sens ne s’explique pas en partie par l’abandon de la simplicité, par l’abandon des choses simples, simples comme les plantes. »

Voilà où je voulais en venir.

La Nature, que notre monde moderne a si méchamment méprisée, bafouée, abîmée, recèle en elle-même le pouvoir de nous rendre heureux.

Sans doute le savons-nous intimement, en notre for intérieur, mais ce savoir est bien souvent noyé sous les contraintes de la vie moderne, urbaine, technologique, connectée, productiviste.

C’est pourquoi, avec une toute petite poignée d’amis et de passionnés, j’ai décidé de faire revivre la parole d’hommes comme Ludo Chardenon, ces enracinés du bonheur, en donnant une nouvelle vie à leur extraordinaire savoir sur les plantes.

Vous pourrez retrouver leurs histoires, leurs remèdes les plus efficaces, leur immense connaissance du vivant dans notre nouvelle revue, La Pharmacie Secrète de Dame Nature.

Si j’ai décidé de publier La Pharmacie Secrète de Dame Nature, c’est parce qu’il nous paraît indispensable, vital même, de ne pas couper le lien avec cette grande Institutrice de la vie qu’est la Nature.

Ce savoir des plantes que la grand-mère et la mère de Ludo avaient reçu de leurs parents, de leurs grands-parents, et qui remontait sans doute au temps des Grecs et des Romains, il nous appartient de le maintenir vivant, de le transmettre à notre tour.

Et pour finir, une dernière chose : savez-vous ce que Ludo Chardenon faisait lorsque des visiteurs arrivaient sur son domaine, et lui disaient : « Mais, monsieur Chardernon, où sont toutes vos plantes, nous ne les avons pas vues ! »

Il les conduisait à l’entrée de son domaine, les faisait asseoir au bord de la route, et leur montrait, de l’autre côté, où leurs yeux ne voyaient que de l’herbe toute bête, plus de dix plantes médicinales de première utilité !

« Si j’ai quelque talent, leur disait-il, celui-là est le plus utile et c’est le premier que m’enseigna ma grand-mère : le talent de voir, l’art de regarder, la capacité de se servir de ses yeux ».

Avec La Pharmacie Secrète de Dame Nature, nous voulons apprendre ensemble à ré-ouvrir les yeux. Et nous émerveiller de la beauté du vivant.

Cliquez ici pour en savoir plus. 

Vous êtes les bienvenus,

Santé !

Gabriel Combris




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[1] Mémoires et recettes de Ludo Chardenon, Alain Barthélémy & Actes Sud.

6 réponses à “Le métier qu’on apprend à 5 ans”

  1. DECANTE Claude-Blandine dit :

    Je redonne la phrase qui a sauté (probablemnnt à cause des guillemets) = ON DOIT VERIFIER AVANT DE PUBLIER – CORDIALEMENT;

  2. DECANTE Claude-Blandine dit :

    la fin de mon commentaire d’il y a 2 minutes était :
    Cl-Bl.

  3. DECANTE Claude-Blandine dit :

    Bonjour Mr COMBRIS; Ma confiance en vos dires vient d’en prendre 1 gros coup!!=présenter L’AUBIER-DE-TILLEUL (que je connais bien, depuis 1970)comme fficace contre les CALCULS BILIAIRES…QUELLE ERREUR !!!! Ce bois (en décoction et non pas en tisane!!) a la propriété de DISSOUDRE LES CALCULS…R E.N A U X (ce qui est 1 merveille!!) MAIS P A S CEUX DE LA
    VESICULE BILIAIRE((sinon je n’aurais pas eu a subir l’ablation de la mienne, il y a 2 ans ..)) parce que ces 2 sortes de calculs N’ONT PAS la même composition!!!!!-Ala place que vous occupez dans L’INFORMATION , ON DOIT . – Cordialement;
    Cl-Bl.

  4. Michèle Belan dit :

    J’ai le livre sur Ludo Chardenon depuis 1984 : « mémoires et recettes de Ludo Chardenon, ramasseur de plante languedocien » chezAlain Barthélémy & Actes Sud, et je m’y réfère encore régulièrement. Une mine de trésor !

  5. Fred Bobillier dit :

    malheureusement les livres de Monsieur Ludo
    Chardenon sont épuisés, aussi bien dans les petites
    librairies que chez les gros tel Amazon.

  6. Stella2b dit :

    La seule vertu de cette société injuste et esclavagiste sera de permettre une prise de conscience de la valeur de la vie, de la beauté du monde dans la simplicité volontaire de se contenter avec d’authentiques plaisirs auprès de la nature et du vivant. Ceux qui n’auront pas cette capacité et cette volonté vont être condamnés à une vie perdue à la gagner, pourquoi? pour payer des factures, vivre dans des clapiers dans la pollution le bruit et la fureur des villes?

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