L’utilité des « emmerdeurs »

Le Cordyceps Sinensis est un champignon d’une cruauté insoupçonnable, un parasite qui réussit à prendre le contrôle de ses hôtes pour les utiliser à son profit !

Mais la nature est bien faite, et vous allez voir que ce bourreau sans pitié peut aussi rendre un immense service à votre santé.

Le Cordyceps pousse sur les hauts plateaux du Tibet, à près de 3500 mètres de hauteur. Pour survivre il s’attaque principalement aux fourmis, araignées, papillons et autres larves. Mais vous vous posez peut-être déjà une question : les champignons ne peuvent pas se déplacer, alors comment s’y prend-il ? Vous allez voir, c’est fascinant.

Le Cordyceps a « repéré » une fourmi. Il lâche alors ses spores (des cellules qui peuvent se reproduire sans fécondation) qui pénètrent le corps de l’insecte.

Les spores poussent dans son corps, consommant la fourmi de l’intérieur sans s’attaquer aux organes vitaux (pour l’instant…).

Il prend le contrôle de son cerveau

Le champignon va peu à peu prendre le contrôle de la fourmi en progressant vers son cerveau. La fourmi commence à se comporter de façon désorientée, comme si elle se « déprogrammait » progressivement pour devenir la « créature du champignon ».

Lorsque la mue est achevée, la fourmi se met à grimper contre son gré le long d’un arbre.

Une fois en hauteur, elle plante ses mandibules dans une feuille ou une branche, puis elle meurt. Elle n’a plus d’intérêt pour le champignon : par son intermédiaire, le Cordyceps vient de trouver l’endroit propice pour que ses spores puissent se propager le plus efficacement.

Bientôt, une tige se met à pousser à l’arrière de la tête de la fourmi.

C’est un nouveau champignon qui, quelques semaines plus tard, explosera en disséminant ses spores mortelles qui trouveront d’autres victimes à coloniser…

Le sens caché de la nature

Tout cela est fascinant, mais vous allez me dire : et alors ?

Vous allez voir que ce n’est pas la fin du cycle. Le Cordyceps, à son tour, révèle une utilité qui le dépasse largement. Et cette-fois, au profit des hommes.

Ce sont les bergers des hauts plateaux tibétains qui, les premiers, ont remarqué il y a plus de mille ans que ce champignon n’était pas étranger à la bonne santé de leurs troupeaux. Il poussait au milieu des herbes broutées par leurs yacks.

Depuis, de nombreuses publications ont analysé les effets thérapeutiques du champignon, et notamment sa capacité à maintenir ou améliorer la fonction rénale en cas d’insuffisance chronique.

Chez les malades, les néphrons n’assurent plus correctement leur rôle de filtre du sang et de formation de l’urine ; déchets toxiques et sels minéraux s’accumulent alors, pouvant nécessiter une dialyse (utilisation d’une machine pour laver le sang à la place des reins) voire une greffe.

Et c’est là que le Cordyceps, si l’on peut dire, rend à l’homme ce qu’il a pris à la fourmi…

Le journal Alternatif Bien-Être a publié dans son édition de juillet 2015 les effets bénéfiques du Cordyceps sur la santé des reins, à partir d’une synthèse de 22 études réalisées sur plus de 1700 malades :

  • Le champignon a permis de diminuer le taux de créatinine dans le sang. Cette substance est un déchet organique produit par les muscles, libéré dans le circuit sanguin et acheminé vers les reins qui procèdent normalement à son élimination.
  • Le Cordyceps permet aussi de faire baisser la quantité de protéines présentes dans les urines (albumine), autre témoin d’un dysfonctionnement rénal. La prise du champignon a également permis de lutter contre l’anémie, symptôme dont souffrent de nombreux patients en insuffisance rénale, en augmentant la quantité d’hémoglobine présente dans le sang.
  • Le Cordyceps réduit aussi le développement de lésions de fibroses rénales, qui conduisent à la destruction de l’architecture de l’organe.

Voilà pourquoi entre mai et juin chaque année, des hommes quittent leurs villages et partent à la cueillette du précieux champignon. Parce qu’il est rare, parce qu’il met six ans pour achever sa croissance, le Cordyceps est aussi l’un des produits médicinaux les plus chers au monde.

En 2012, son prix a atteint 140 000 dollars le kilo, soit 4 fois le prix de l’or !!!

L’utilité des « emmerdeurs »

Un parasite qui vaut plus cher que de l’or, avouez qu’il y a de quoi réfléchir.

À vrai dire, sur notre planète, un grand nombre d’êtres vivants sont des parasites. La plupart vivent tranquillement aux dépens de leurs hôtes sans leur nuire, ou juste un peu.

Je crois qu’on en connaît tous un ou deux autour de nous…

Mais comme dans le cas du Cordyceps, cette cohabitation est parfois plus positive qu’elle n’en a l’air. Une étude récente chez les fourmis a montré par exemple qu’il y avait au sein d’une colonie certains individus qui ne font littéralement rien.

Enfin rien, pas exactement : ils nuisent. En se mettant en travers de la route d’autres fourmis qui portent un fardeau, en les empêchant de passer, en les regardant travailler sans contribuer à leur effort, etc.

Vu comme ça, on pourrait penser que les autres rêvent de s’en débarrasser. Qu’elles vont organiser une révolte contre les « feignasses ». Mais la nature, vous allez voir, est d’un raffinement plus subtil.

Ces fourmis qui ne font rien, qui gênent leurs comparses, ne sont pas là par hasard : par leur comportement, elles obligent les « travailleuses » à mieux travailler encore, à imaginer des solutions de contournement lorsqu’elles leur barrent le passage, à avoir des « idées » nouvelles, etc.

En un mot, la présence de ces fourmis gênantes force les autres à devenir meilleures… (toute comparaison avec les gens qui nous gouvernent n’est pas tout à fait superflue).

La prochaine fois que vous en croisez un dans votre entourage, demandez-vous : est-ce que cet « emmerdeur » n’a pas, lui aussi, son utilité ?

Santé !

Gabriel Combris




Sur le même thème, vous aimerez sans-doute ...


Intolérance au gluten (comment s’épargner 12 ans de diagnostic) Il y a quelques années, vous auriez demandé à quelqu’un pris au hasard dans la rue ce qu’était le gluten, il aurait sans...
Alimentation : la liste des 12 salopards Chère lectrice, cher lecteur, Il existe un proverbe allemand qui dit : « Quand la colombe fréquente le corbeau, ses p...
Une citation qui remonte le moral Chère lectrice, cher lecteur, Aujourd’hui, je serai bref. Pas de long message ni de grand discours. Je voulais seulem...

7 réponses à “L’utilité des « emmerdeurs »”

  1. HENNION YOLANDE dit :

    DOMMAGE QUE JE N AI PAS EU CONNAISSANCE DE VOTRE ARTICLE DES SA PARUTION EN JANVIER 2017 ?SUR CE CHAMPIGNON DU TIBET : (Cordyceps Sinensis). Je viens de perdre mon compagnon avec un excès de créatinine et infection urinaire.

  2. baros philppe dit :

    parce que c’est très intéressant!!! on ne sais pas tout même a 77 ans!

  3. Blondel Marie Hélène dit :

    Et pour ceux qui sont déjà abonnés, rien ?

  4. Elisabeth OLIVIERI dit :

    J’adore la plupart de vos articles, toujours pleins d’enseignement… mais celui-là plus que tous les autres ! A la fois pour le fait de nous faire connaître ce champignon, Cordyceps Sinensis, mais aussi pour la philosophie que vous inspirent les parasites et autres emmerdeurs qui nous font progresser ! Donc un grand merci !

  5. Bibal dit :

    Ecrire un article sur ce merveilleux champignon : très bien mais dire comment et où se procurer cette « merveille » serait encore mieux surtout pour moi étant en insuffisance rénale phase terminale et » qui va devoir à priori subir la « torture » des dialyses.

  6. Annie MIDEY dit :

    J’ai bien aimé votre article, sur ce champignon.

  7. dane dit :

    Cela me conforte dans l’idée que tout ce qui existe à une utilité; et si je n’en vois pas, c’est par méconnaissance.
    La nature est merveilleusement faite ! ne rien détruire.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *