Plantes psychédéliques, curieuse histoire

La presse américaine a relaté l’étonnante expérience d’Asa Barrett, un soldat américain ayant servi en Afghanistan [1].

Revenu de la guerre avec de profonds traumatismes, des insomnies et des tendances suicidaires, il a commencé par suivre un traitement classique à base d’antidépresseurs.

Sans aucune amélioration.

Il a alors décidé de se rendre au Pérou, car il a entendu dire qu’on y peut consommer de l’ayahuasca, un breuvage traditionnel à base de lianes aussi appelées la « vigne de l’âme ». Interdite aux USA car considérée comme drogue, cette boisson aux effets psychotropes est légale au Pérou, dans le cadre des rituels chamaniques.

Un peu comme Tintin dans le Lotus bleu, voilà donc l’ancien soldat allongé parmi vingt personnes dans la hutte d’un petit village péruvien, à boire une préparation d’ayahuasca sous les incantations d’un chamane (on appelle ces chants des icaros).

Au début, il faut le reconnaître, ça a l’air plutôt désagréable : une sensation de glissement, des couleurs vibrantes qui jaillissent devant ses yeux, une vision déformée de la réalité qui conduisent Barret à vomir ses tripes dans un seau placé à côté de lui… Réaction commune à l’ayahuasca, qui n’empêche pas le chamane de poursuivre ses incantations.

La suite est plus intéressante : Barret affirme être… propulsé dans le passé qui le hante.

Il revient, dans une sorte de réalité augmentée, à l’endroit même où il a failli perdre la vie : il y a des traces de balles dans un mur, une femme morte qui gît au sol et, soudain, un engin explosif dont la détonation inonde toute l’atmosphère de sa violence…

Mais contrairement à ce qui se produisait dans ses cauchemars, le soldat Barett ne se sent plus « prisonnier » de cette scène de guerre qu’il a réellement vécue. Peu à peu, il s’en libère. Et il voit apparaître comme un éclat de lumière.

« Pour la première fois depuis longtemps, je me sentais à l’aise » témoigne-t-il.

Et ce n’est pas qu’un sentiment.

Pour le comprendre, il faut revenir au début des années 1960, aux Etats-Unis, à un moment où se développe un vif intérêt scientifique pour des substances « psychédéliques » naturelles comme la mescaline ou la DMT, que l’on trouve dans l’ayahuasca.

L’engouement fut lancé par le mycologue Robert Gordon Wasson, revenu d’un voyage au Sud Mexique avec des échantillons de champignons utilisés par un chamane lors de cérémonies de guérison. On en identifiera ensuite les deux molécules principales, la psilocyne et la psilocybine, actives sur le système nerveux central.

 

Des gens sautent par la fenêtre !

Dans la foulée, un millier d’études réalisées en laboratoire sur 40 000 patients montreront des résultats très prometteurs sur l’anxiété, la dépression ou encore le traitement des névroses.

Mais le problème est qu’il y eut aussi de sévères débordements dans l’utilisation de ces substances.

Un professeur à Harvard, par exemple, s’amusait à distribuer de la psilocybine à ses étudiants…

Les journaux de l’époque ont raconté que les élèves se sont mis à sauter par la fenêtre parce qu’ils croyaient avoir des ailes.

L’histoire était fausse, mais qu’importe : l’utilisation répétée de plantes psychédéliques par la jeunesse hippie pour se « farcir la tête » et vivre des « délires hallucinogènes » allait leur faire perdre tout crédit et motiver leur interdiction à peu près partout dans le monde.

 

Sentir de nouvelles émotions avec l’ayahuasca

Mais les progrès de l’imagerie médicale donnent aujourd’hui de nouvelles indications sur le rôle de la psilocybine contenue dans les lianes de Banisteriopsis caapi, que les chamanes utilisent pour préparer l’ayahuasca.

On sait que la psilocybine n’agit pas de façon anarchique sur le cerveau ; au contraire, elle diminue l’activité de zones cérébrales bien précises, celles qui sont responsables de l’ornière dans laquelle se trouvent les dépressifs, obnubilés par des souvenirs et des pensées négatives répétitifs.

On sait aussi qu’elle active les connexions entre les neurones et qu’elle augmente la croissance des cellules nerveuses, ce qui permet au patient de créer de nouvelles pensées et émotions [2]. Et donc de sortir des pensées négatives dans lesquelles on peut rester enfermer.

On s’est également rendu compte que la psilocybine agit sur les mêmes récepteurs à la sérotonine (un neurotransmetteur qui régule l’humeur) que le Prozac ou les antidépresseurs, sauf qu’il suffit seulement d’une à quelques prises pour avoir un effet durable, tandis que les antidépresseurs doivent être pris tous les jours durant des mois !

Le Wall Street Journal énumère de nombreux autres témoignages de personnes pour qui l’ayahuasca a permis une véritable libération.

Jeffrey Hill, chef de chantier à Chicago, affirme que l’ayahuasca a atténué sa dépression. Pour Juliette Wilkerson, elle l’a aidée à guérir ses migraines débilitantes. Quant à Jaylene Johnston, c’est cette préparation qui lui a permis de surmonter le traumatisme de la mort de son mari.

Alors, crédibles ou pas, ces histoires ?

Pour répondre à cette question, il faut commencer par reconnaître que ces substances ne sont absolument pas sans risques.

L’ayahusca peut être fatale lorsqu’elle est mélangée avec d’autres médicaments comme les antidépresseurs et devrait être évitée par les personnes bipolaires ou schizophrènes. En 2012, un jeune homme est mort après avoir pris de l’ayahuasca au Pérou. Et l’année dernière un touriste canadien a tué l’un des autres participants à un rituel de nuit…

Car il faut dire aussi qu’un véritable business s’est développé, avec des tours opérateurs qui organisent des séjours pour venir boire l’élixir à Iquitos, une ville de 500 000 habitants dans le nord du Pérou, moyennant 2500 $ la semaine.

80 000 touristes viendraient ici chaque année, dans l’un des 22 « lodges » certifiés (et 5 fois plus de « clandestins ») qui proposent des rituels chamaniques…

 

D’autres plantes intéressantes

On voit que le problème avec l’ayahuasca est que le folklore du style « Vas-y man, tu vas planer » n’est jamais très loin.

Mais la science poursuit malgré tout ses recherches pour obtenir plus de données et mieux comprendre le potentiel thérapeutique de la plante ainsi que ses dangers.

Lors des études menées dans les années 1960, 66 % des patients atteints de névroses sévères ont connu des améliorations nettes de l’anxiété et de la dépression. On peut reprocher à ces études anciennes de ne pas avoir été réalisées en suivant le cadre scientifique actuel, c’est-à-dire en double aveugle contre placebo. Il suffirait de les reproduire…

Depuis quelques années, d’autres axes de recherche se sont développés. Ils ont évalué l’impact de la psilocybine sur les troubles obsessionnels compulsifs (TOC) et l’on a constaté chez les personnes testées un net recul de leurs troubles. Là aussi, ces études doivent être confirmées.

Une association multidisciplinaire pour les études psychédéliques basée en Californie [3] a notamment financé des chercheurs de l’Université de Stanford et l’Université de Pennsylvanie, et prévoit de soutenir une étude de l’ayahuasca au Pérou en 2016, pour les personnes souffrant d’un trouble de stress post-traumatique.

D’autres plantes psychotropes intéressent aussi les chercheurs pour leur potentiel thérapeutique :

  • l’iboga, une plante africaine utilisée traditionnellement pour voyager dans le monde des esprits
  • le peyotl, un petit cactus sans épines qui contient de la mescaline, une molécule psychoactive
  • ou encore la sauge divinatoire, plante utilisée par les indiens aztèques à des fins médicales et religieuses.

Trois nouvelles plantes prometteuses pour la santé des hommes, ou trois nouvelles destinations dans les guides des tour-opérateurs spécialisés dans le « trip hallu » ?

La curieuse histoire se poursuit.

Santé !

Gabriel Combris




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7 réponses à “Plantes psychédéliques, curieuse histoire”

  1. Marie-Louise Panoma dit :

    Je relis avec intérêt ce message que j’ai gardé en archives et j’airais souhaité une explication: qu’est-ce qu’un trouble bipolaire?
    merci de me renseigner..
    Bonne journée.
    Marie-louise

  2. Diana Dirickx dit :

    Bonjour,
    Comme je suis contente de voir un article sur les plantes psychédiliques sacrées!
    Vous parlez de MAPS, association multidisciplinaire en Californie. Je veux juste ajouter qu’il existe une association multidisciplinaire basée à Barcelone, connue mondialement, qui donne aussi des renseignements aux gens intéressés. Il s’agit d’ICEERS (International Centre for Ethnobotanical Education, Research and Service) et leur site est http://www.iceers.org. Ils viennent de clôturer leur 2ième « World Ayahuasca Conference » cette fois-ci à Rio Branco au Brazil.
    J’aimerais encore mentionner qu’il y a le Centre Takiwasi au Pérou, principalement pour aider les toxicomanes, dont le directeur est un médecin français. http://www.takiwasi.com

  3. eric dit :

    Bonjour je confirme a 100% ce que dit Elvire pour avoir moi meme fait l experience et vu les changements rapides apres quelque seance sur d autre participants.Ceci dit il existe en suisse en tout cas un « homme blanc »(ne me demandez pas le contact svp..) qui sait tres bien ce qu il fait et acompagne vraiment ses « patients » .A deconseiller en effet fortement de ne pas se lancer dans ce genre d aventure sans etre 100% sur du chaman,vu la puissance de l entité ça peut vite partir en sucette avec un charlatan,sans compter que l intention du chaman met en preparant le breuvage est tres importante.
    A la votre.
    Eric

  4. WERY Michel dit :

    La L-Tyrosine devrait remplacer 97% des antidépresseurs chimiques d’après le docteur Jean-Paul Curtay,dans un dossier de Santé et Nutrition..
    J’ai essayé après 15 ans d’antidépresseurs, et les résultats sont spectaculaires avec action au bout de 24 h00,
    Cordialement.

  5. jérom dit :

    bonjour gabriel ,vous oubliez de parler des psylos de normandie remplie de psylocibine beaucoup plus accéssible pour les français que tous ce que vous venez de citer , et quand est ce que vous parlerez de cannabis dont le liste des vertus ne fini pas de s’allonger .. a oui, pardon, en france c’est un sujet tabou, mais lorsque l’on sais que c’est que ca soigne l’épilepsie ,parkinson ,qu’il soulage les gens atteints de scérose en plaque ,ailzeimer .. que le thc réduit le taux de sucre sanguin, stimule l’appétit et aide au sommeil induit l’apoptose des vieilles cellules ,que le cbd est anti bactérien, anti inflammatoire ,anxiolytique, tranquillisant, traite le psoriasis, vasodilatateur et que thc + cbd réduit la douleur ,prévient le développement des cellules cancéreuses,aide la croissance osseuse, réduit nausées vomissements, réduit la fréquence des convulsions et crises neurologiques et supprime les spasmes musculaire …donc a quand l’article : comment bien consommer du cannas !! , a votre santé !

  6. Elvire dit :

    Bonjour Gabriel

    Heureuse de voir une lettre qui explique bien les effets des plantes sacrées (car oui, elles le sont).
    Je peux témoigner des effets positifs de ces plantes si elles ne sont pas consommées de façon idiotes et surtout si on ne les considère pas comme des DROGUES, ce qui est l’erreur fréquemment commises. Ce chemin est un chemin difficile, ces plantes sont à respecter, c’est très très important.
    Il est aussi important de ne pas faire n’importe quoi avec elles et de choisir soigneusement le chaman avec lequel vous allez travailler, car il s’agit bien d’un travail, terme qui fait pourtant sourire les blancs à chaque fois que je l’utilise. J’ai fait une expérience avec l’ayahuasca avec un homme blanc se disant chaman, franchement, je le déconseille. Il y a toute une mode sur cette plante actuellement, des gens qui ont fait une ou plusieurs session se pensent capables d’en faire faire aux autres, c’est une grave erreur, ne suivez surtout pas ce genre de personne, ILS NE SONT PAS APTES À VOUS SOIGNER. Les chamans reçoivent des formations depuis leur enfance, ne croyez pas que n’importe qui disant bien connaître les plantes sera un chaman, je préconise une grande prudence par rapport à cette mode.

    Par ailleurs, j’ai moi-même été traitée dans mon enfance par un « grand » professeur (Debré-Ritzen pour ne pas le citer !) dans mon enfance par du Gardenal et du Dépakine de l’âge de 4 à 15 ans (parce que j’ai tout envoyé balader et pas parce qu’on a interrompu le traitement) alors que je n’ai JAMAIS été épileptique. résultat des courses : j’ai été alcoolique, héroïnomane, fumeuse comme un pompier de clopes et pétards… Ayant un caractère assez fort, j’ai pu me sortir de l’alcool, de l’héroïne sans passer par ces merdes de substitutions qui vous accrochent encore plus même si elles permettent de retrouver une vie à peu près normale ce qui est déjà)à énorme. Seulement voilà, arrivée à 45 ans, je n’arrivais toujours pas à arrêter le cannabis qui m’aidait à me calmer, pas à me « défoncer » spécialement.
    La session d’ayahuasca étant mal encadrée, cela ne pas pas spécialement aidée.
    Par contre, j’ai eu la chance de pouvoir travailler dernièrement avec un maraakame Huichol (on ne dit pas chaman chez eux) très fort avec le peyotl qui est leur cactus sacré. J’ai fait deux cérémonies qui étaient un peu dures à vivre mais ses chants allaient tellement profond que j’ai pu remonter dans mon enfance, au moment où on m’a intoxiquée (j’ai pu pardonner à ma mère ce qui était très fort). Depuis, je ne fume plus du tout (même pas de tabac), je n’ai pas remplacé par autre chose genre alcool, bref, je ne me reconnais plus, ça fait bizarre, c’est comme si j’étais une nouvelle personne.
    Je tiens à préciser que l’intention que vous y mettez à la base est EXTRÊMEMENT importante : si vous y allez juste pour un « trip », il y a de fortes chances pour que vous ne viviez seulement cela et pas de guérison. Il est très important d’avoir des intentions claires avant d’y aller, c’est une grosse partie du travail.
    Voilà, j’espère que mon expérience vous servira.
    Merci pour vos lettres.
    Amicalement

  7. Pierre Dineur dit :

    je découvre un site qui me paraît intéressant. Il est vrai que le monde des plantes contient des efrets (bons ou dangereux) généralement peu cionnus.

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