Une mauvaise herbe ? Vous plaisantez j’espère !

Chère lectrice, cher lecteur,

Répétez après moi : « la consoude consolide et ressoude », « la consoude consolide et ressoude », « la consoude consolide et ressoude », etc.

Comme exercice d’articulation, ça change un peu des chaussettes de l’archiduchesse (sont-elles sèches, archi-sèches ?), et surtout cela nous permet de parler de la merveilleuse consoude (Symphytum officinale pour les intimes) que l’oubli et la méconnaissance actuelles conduisent trop de nos contemporains à désigner sous le nom infâmant de « mauvaise herbe », sous prétexte qu’elle pousse « trop bien » et partout.

La consoude, une mauvaise herbe ?! Mieux vaut en rire.

D’autant qu’elle présente un avantage de taille sur de nombreuses autres plantes : il est très facile de se souvenir de sa vertu principale : souder, comme son nom l’indique (c’est ce qu’on appelle une plante astringente, c’est-à-dire qui resserre les tissus).

Pline l’Ancien affirmait que « si l’on mettait sa racine à bouillir avec de la viande hachée, celle-ci serait reconstituée en un seul morceau » [1].

Disons que Pline avait le sens de la formule – de la punchline comme on dit aujourd’hui –, mais il n’empêche que, depuis des siècles, on utilise effectivement la consoude pour cicatriser les blessures, les ulcères, mais aussi pour consolider les fractures, ce qui est d’ailleurs l’indication retenue en homéopathie avec les granulés de Symphytum Officinale 9ch.

La consoude tient ses propriétés cicatrisantes de la présence en abondance d’allantoïne, agent efficace du renouvellement cellulaire. Ambroise Paré et les chirurgiens de la Renaissance utilisaient la consoude en cataplasmes pour soigner les traumatismes et les fractures, pour réparer les tissus malmenés par des chutes ou traumatisés par les guerres.

La consoude entrait d’ailleurs dans la composition d’une préparation célèbre, l’eau d’arquebusade, une eau cicatrisante créée pour François Ier par des moines et dont la commercialisation est encore d’actualité, en Suisse notamment.

Bonne nuit, les petits

La section qui suit étant réservée à un public averti, on souhaitera une « bonne nuit » à nos plus jeunes lecteurs, qui seront à nouveau les bienvenus dans la section « cuisine facile » de cette lettre.

Car à une époque où la virginité était considérée avec beaucoup plus de sérieux qu’aujourd’hui, les jeunes filles qui avaient déjà « ouvert la porte » voyaient dans la consoude la plante du salut. On pensait que les bains de consoude réparaient l’hymen et « restauraient la virginité ».

Vrai, faux ? Il y a sur le sujet une petite littérature, dans le genre érotico-médicinal, où de jeunes lavandières et des vicomtesses sur le retour récupèrent leur vertu dans des bains fumants remplis de consoude [2].

Je ne mettrais pas ma main à couper sur la véracité de ces histoires.

Mais disons qu’elles illustrent une nouvelle fois les vertus cicatrisantes et astringentes de notre plante.

Pour l’utiliser pratiquement, on peut la préparer en cataplasme : hacher les feuilles fraîches, puis verser dessus de l’eau bouillante. On enveloppe cette bouillie molle et verte dans de la gaze (double couche) ou charpie pour l’appliquer en la maintenant avec un bandage sur la partie à traiter. Ce procédé permet le relâchement de l’allantoïne, tandis que la stérilisation est assurée. Appliquer le cataplasme aussi chaud qu’on peut le supporter.

On peut l’utiliser en pommade : il suffit de broyer de la racine fraîche épluchée, récoltée à l’automne. La texture est gluante et collante. On la mélange à de la vaseline. On porte le tout à ébullition et on laisse reposer une nuit. La mixture est ensuite filtrée et mise en pot pour servir à tout moment. La vaseline se sera chargée des principes actifs de la consoude.

La plante qui a un goût… de sole

Intéressant, la consoude se mange aussi.

Les jeunes feuilles sont comestibles en salade ou cuites à la façon de l’épinard.

La célèbre recette à base de consoude est bien sûr celle de la sole végétale, appelée ainsi en raison de l’étrange similitude de goût avec le poisson plat.

Une sole meunière ? Mais non ! Une feuille de consoude, voyons…

Voici la recette en détail pour ceux qui voudraient essayer. C’est délicieux, et simple à préparer.

Ingrédients :

  • 16 feuilles de consoude
  • 250 g de farine
  • 2 œufs
  • 3 verres de lait
  • Huile ou beurre
  • Citron, crème fraîche, assaisonnement.

Préparez une pâte à beignets épaisse avec farine, œufs, lait, 1 cuillerée à soupe d’huile et l’assaisonnement.

Versez dans un plat.

Appliquez les feuilles de consoude l’une contre l’autre, leur pilosité abondante leur permet de s’accrocher ensemble comme un « velcro ».

Préchauffez la friture dans une poêle.

Pendant ce temps, baignez les feuilles assemblées dans la pâte.

Passez à la friture ; lorsque chaque face est dorée, dressez les feuilles dans le plat de service après les avoir essorées sur un papier absorbant.

Comme accompagnement, mon collègue Jean-Marc Dupuis suggère un vin blanc, sec ou fruité. Jean, retraité de la Société des chemins de fer belges et animateur du site les jardinsdulaveu, conseille, lui, plutôt du cidre. Vous avez l’embarras du choix.

Au sujet de la consoude alimentaire, il faut couper court à la panique qui a conduit la Food & Drug Administration, aux Etats-Unis, à considérer la consoude comme une plante dangereuse et à recommander, en 2001, de « cesser immédiatement de prendre tout supplément renfermant de la consoude » [3].

Or il faut dire que c’est surtout la racine qui contient des alcaloïdes et qu’une étude clinique – portant sur 29 personnes – a démontré que la consommation de consoude à long terme (de 1 à 20 ans) ne causait pas de dommages hépatiques.

Pas de danger, donc, avec la salade de consoude ou avec notre sole végétale.

La consoude s’habille pour séduire

J’aime particulièrement une anecdote au sujet de la consoude.

Les fleurs de la plante attirent beaucoup d’abeilles et d’insectes.

Mais pour ne pas se faire « dépouiller » trop tôt, la consoude a une étonnante technique.

Les jeunes fleurs de consoude sont roses, et donc invisibles pour les abeilles qui ne voient pas cette couleur et passent à côté de la plante sans la déranger.

Arrivées à maturité, changement d’habit… pour séduire ! Les fleurs de la consoude deviennent bleues, une couleur qui cette fois attire les abeilles et les insectes pour que la pollinisation soit possible [4].

Changer de robe pour attirer l’attention… on se croirait au Festival de Cannes.

Plus sérieusement, lorsqu’on voit ça, on se demande si tant d’intelligence, tant de génie dans la nature, peut être complètement le fruit du hasard ?

S’il n’y a pas derrière ces mécanismes si bien pensés, si parfaitement organisés, une intention ?

Vaste question, que pose une simple petite plante ordinaire.

À défaut d’y répondre, je trouve que nous avons bien de la chance, nous autres humains, d’assister à tant de merveilles.

Il suffit d’ouvrir les yeux.

Santé !




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[1] Cité dans Jean Palaiseul, Nos grands-mères savaient.

[2] Voir revue Plantes & Bien-Être, mai 2015.

[3] Site Passeportsanté.net : La consoude est-elle toxique?

[4] La pollinisation est, chez les plantes à fleur le transport du pollen des organes de reproduction mâle (étamines) vers le (ou les) organes de reproduction femelle (pistil) qui va permettre la reproduction sexuée. Ce transport a lieu soit à l’intérieur des fleurs (autopollinisation), soit par pollinisation croisée (le pollen d’une fleur se dépose sur les stigmates d’une autre fleur de la même espèce). Il peut être effectué soit par un animal (un insecte pollinisateur tel que l’abeille dans de nombreux cas), soit par le vent, soit par d’autres moyens.

7 réponses à “Une mauvaise herbe ? Vous plaisantez j’espère !”

  1. Danièle Cauvin dit :

    Votre article sur la consoude est très intéressant mais si l’on veut appliquer vos recettes et utiliser cette plante , pourriez- vous me dire comment la trouver ? Y aurait-il un laboratoire ou un magasin de produits naturels qui la vendent? Merci de bien vouloir me répondre car je suis une adepte inconditionnelle de vos conseils et j’essaie presque toujours de les mettre en pratique .

  2. guylaine bernes dit :

    merci Monsieur, merci pour votre « patte » légère dans ce que j’appellerai « formation » – merci aussi pour votre humilité, votre humour et vos doutes
    bonne journée

  3. Anne RICHARD dit :

    Merci pour cette nouvelle offre ! Je suis abonnée depuis septembre 2017 et j’ai reçu un livre dont la couverture n’est pas tout à fait la même mais je suppose que c’est une réédition des « 2000 remèdes pour guérir ».
    Vous avez raison d’insister. Et merci aussi à l’auteur du message qui parle de l’épître aux Romains. Hebreux 6:7 nous dit aussi que les plantes sont utiles à l’humain.

  4. HUBERT dit :

    consoude : les feuilles aussi contiennent des alcaloîdes pyrrolizidiniques.
    Testé sur 29 personnes, c’est un peu léger non !
    On peut donc déguster, mais avec modération !

  5. Philippe dit :

    Bonjour,

    A la fin de votre lettre, vous dites :
    « Plus sérieusement, lorsqu’on voit ça, on se demande si tant d’intelligence, tant de génie dans la nature, peut être complètement le fruit du hasard ?S’il n’y a pas derrière ces mécanismes si bien pensés, si parfaitement organisés, une intention ?Vaste question, que pose une simple petite plante ordinaire. »
    Voici une réponse :

    Romains 1:20 : « Car ses [qualités] invisibles se voient clairement depuis la création du monde, parce qu’elles sont perçues par les choses faites, oui sa puissance éternelle et sa Divinité, de sorte qu’ils sont inexcusables. »

    A méditer ! Cordialement.

  6. Legendre Dominique dit :

    Etant déjà abonné , vais je recevoir les dossiers spéciaux qui accompagnent les nouveaux abonnements ?
    Merci .

  7. Jean-Claude Capt dit :

    J’ai soixante-seize ans et bien que j’ai eus un angor il y a dix-neuf ans, je considère que je me porte bien, car cela dois faire seize ans que je bois tous les soirs deux à trois tasses de vigne rouge, en plus je sèche la peau de la grenade pour en faire de la tisane, que je mélange avec. En outre je consomme en tisane ou sous forme sèche de l’astragale que mon fils à ramené de Chine, et aussi des baies de Cogis. Et pour parfaire ce tableau, cela fait quatre ans que j’ai supprimé le repas du soir, et je ne ressent aucuns effet de faim.

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