Intestin : la maladie aux 100 visages

Chère lectrice, cher lecteur,

C’est la maladie aux 100 visages.

Les médecins ne parviennent toujours pas à bien comprendre qui elle est.

D’ailleurs, ils ne sont même pas d’accord sur la façon de la nommer.

On l’appelle « côlon irritable », « syndrome de l’intestin irritable », « colopathie fonctionnelle » ou encore « colite spasmodique ».

Pas une maladie AOC

Sa cause est un mystère.

Aucun test biologique ne peut confirmer sa présence.

Il y a tellement de mystère autour du côlon irritable qu’on ne peut même pas le considérer comme une maladie, mais seulement comme un syndrome.

Vous l’aurez compris, la dénomination de « syndrome de l’intestin irritable » n’a pas la rigueur d’une « Appellation d’origine contrôlée »…

Pour le plus grand désespoir des personnes touchées par ce problème.

Souffrez-vous du côlon irritable ?

Le côlon irritable regroupe à lui seul l’ensemble des problèmes intestinaux chroniques, sans gravité (ballonnements, diarrhées, constipation, douleurs abdominales…).

À ce jour, seul un faisceau de symptômes permet au spécialiste de le diagnostiquer. Ce sont les critères dits « de Rome III » : une douleur ou un inconfort abdominal récurrent (au moins 3 jours par mois durant les 3 derniers mois) accompagné d’au moins deux des symptômes suivants :

  • L’état est amélioré par la défécation
  • Le début des troubles est associé à une modification de la fréquence des selles
  • Le début des troubles est associé à une modification de l’apparence des selles

Autant dire que ce qui se cache sous ce terme peut avoir des causes aussi nombreuses que variées.

Avant de vous lancer corps et âme dans un traitement, vous devez donc vous assurer que les symptômes éprouvés ne proviennent pas d’un autre problème connu plus facile à guérir.

Car le côlon irritable est peut-être un trouble bénin qui ne détériore pas les parois de l’intestin, mais les désagréments qu’il provoque n’en sont pas moins très désagréables.

Ces 3 intolérances peuvent être la cause de vos problèmes

Les effets répertoriés par les spécialistes sous le nom de syndrome de l’intestin irritable sont très proches de ceux provoqués par une intolérance au gluten ou au lactose, si bien que l’erreur de diagnostic est très fréquente.

Une étude parue en 2015 dans la revue Nutrients est arrivée à la conclusion que 4 personnes sur 5 souffrant de l’intestin irritable seraient mal diagnostiquées et souffriraient en fait d’une hypersensibilité au gluten[1].

Ainsi, chez 80 % des personnes malades, un simple régime sans gluten permettrait de retrouver une vie plus confortable.

Mais ce n’est pas tout.

Les symptômes du côlon irritable ressemblent aussi à ceux de l’intolérance au lactose, le sucre du lait (qui toucheraient 40 % des Français).

Pour ces personnes, il suffirait de bannir tous les produits qui contiennent du lactose pour apaiser les intestins : lait, yaourts, crèmes glacées, certains fromages ainsi que d’autres produits industriels qui en contiennent parfois (vérifier les étiquettes).

Il existe des tests de détection pour déterminer si l’on est atteint par l’une ou l’autre de ces intolérances, mais le plus simple reste de faire l’expérience soi-même en supprimant totalement le gluten et les laitages de son alimentation durant au minimum 3 mois.

Si l’état s’améliore, il ne reste alors plus qu’à trouver si les problèmes proviennent du gluten, du lactose ou éventuellement des deux.

Il arrive aussi que certains glucides à chaînes courtes, regroupés sous l’acronyme FODMAP, soient mal absorbés par l’intestin, provoquant alors des douleurs au ventre et des flatulences. Des études ont montré qu’un régime pauvre en FODMAP réduisait les symptômes du côlon irritable dans ¾ des cas[2].

La liste des produits riches en FODMAP est longue : lait, produits laitiers, blé seigle, oignon, ail, artichaut, asperge, betterave, fenouil, petits pois, chicorée, pistache, noix de cajou, légumineuses, pomme, poire, abricot, pêche, prune, mangue, cerise, pastèque, champignon, sucre, miel, chewing-gum, bonbons sans sucre…

Dans le régime pauvre en FODMAP développé par Sue Shepherd, la première phase consiste à supprimer la totalité de ces aliments pour réduire les symptômes du côlon irritable.

Dans un deuxième temps, il s’agit de les réintroduire un par un dans le but d’identifier ceux que les intestins ne supportent pas et ceux qui peuvent être consommés sans risques.

Il arrive que seule une petite quantité de ceux-ci soit concernée par les troubles.

Mettez ceci dans vos aliments pour préserver vos intestins

Aujourd’hui, de nombreux experts pensent que le côlon irritable est provoqué par un déséquilibre du microbiote intestinal.

La première action pour lutter contre le syndrome du côlon irritable, une fois que l’intolérance a été écartée, consiste donc à agir directement sur votre microbiote.

À commencer par les probiotiques par exemple. Ces bonnes bactéries agissent positivement sur les muqueuses intestinales : elles renforceraient le microbiote et freineraient la prolifération des micro-organismes pathogènes.

On les trouve dans les produits fermentés (kéfir, choucroute, kimchi, miso…) et sous forme de compléments alimentaires.

Les méta-analyses qui ont regroupé les publications parues entre 1950 et 2007 aboutissent à des conclusions plutôt favorables, même si de plus amples recherches doivent encore être menées[3][4].

Le problème est qu’il existe plusieurs centaines de bactéries différentes et que nous possédons tous une flore intestinale distincte. Ce qui convient à une personne ne conviendra donc pas forcément à tout le monde.

D’autres substances comme les perturbateurs endocriniens et les pesticides sont soupçonnés d’affecter l’état de la flore intestinale.

D’une manière générale, privilégiez les aliments issus de l’agriculture biologique.

Des fibres ? Oui, mais…

Il a longtemps été conseillé aux personnes souffrant du côlon irritable de consommer plus de fibres, et notamment en mangeant du son de blé.

Or plusieurs études ont rapporté que les produits à base de fibres dites insolubles, dont fait justement partie le son de blé, sont susceptibles d’aggraver les symptômes de certaines personnes plutôt que de les réduire.

Mieux vaut privilégier les fibres solubles, plus douces, qui forment dans l’intestin une sorte de gel au contact de l’eau. Celui-ci module le transit intestinal sans irriter les parois et nourrit les bonnes bactéries du côlon.

On trouve ces fibres dans la plupart des végétaux (avoine, orge, carottes, courges, épinards, oranges, pamplemousse, pêches…).

Par précaution, mieux vaut augmenter progressivement sa consommation de fruits et légumes afin d’éviter de « brutaliser » votre intestin.

Les 4 réflexes à adopter en premier lieu

On ne s’en rend pas toujours compte, mais notre mode de vie – pas toujours équilibré – met souvent notre intestin à rude épreuve.

Voici quelques conseils pour préserver votre système digestif :

  • Évitez les repas trop copieux. Il vaut mieux manger souvent de petites portions, et de préférence à des heures régulières.
  • Mastiquez bien. Tout le travail fait par les dents et les enzymes de la salive ne sera plus à faire par les organes digestifs.
  • Réduisez votre consommation d’aliments difficiles à digérer ou irritants (produits gras et/ou frits, choux, café, poivre…).
  • Buvez suffisamment d’eau, de préférence en dehors des repas. On conseille généralement de boire entre 0,7 et 2 litres d’eau par jour, selon l’individu, l’activité physique, la température, l’humidité de l’air…

Votre ventre a besoin de vacances…

Quand nous travaillons trop, le mieux est souvent de prendre des vacances.

Eh bien c’est pareil pour votre intestin.

Ainsi, des chercheurs ont constaté que le jeûne pouvait contribuer à réduire les désagréments des troubles récurrents du côlon.

Après 10 jours successifs de privation suivis par 5 jours de réalimentation, les patients ont eu une diminution plus importante de leurs symptômes que ceux qui avaient suivi un traitement standard (médicamentation et psychothérapie)[5].

Ces solutions sont les premiers reflexes à avoir pour retrouver des intestins en bonne santé.

Mais si vous voulez aller plus loin dans le processus de guérison, sachez qu’il existe d’autres techniques « de compétition » pour avoir des effets plus rapides sur vos troubles digestifs.

Cela n’a rien à voir avec l’alimentation.

Je suis en train de préparer une lettre sur ce sujet. Je vous en reparlerai bientôt.

Amicalement,

Florent Cavaler





[1] Bijan Shahbazkhani, Amirsaeid Sadeghi, Reza Malekzadeh and al. Non-Celiac Gluten Sensitivity Has Narrowed the Spectrum of Irritable Bowel Syndrome: A Double-Blind Randomized Placebo-Controlled Trial. Nutrients 2015, 7(6), 4542-4554.

[2] Shepherd SJ, Gibson PR, Muir JG. A diet low in FODMAPs reduces symptoms of irritable bowel syndrome. Gastroenterology. 2014 Jan;146(1):67-75.

[3] A systematic review and meta-analysis: probiotics in the treatment of irritable bowel syndrome. Hoveyda N, Heneghan C, et al. BMC Gastroenterol. 2009 Feb 16;9:15. Review.

[4] Efficacy of probiotics in irritable bowel syndrome: a meta-analysis of randomized, controlled trials. Nikfar S, Rahimi R, et al. Dis Colon Rectum. 2008 Dec;51(12):1775-80. Epub 2008 May 9.

[5] Kanazawa M, Fukudo S, Effects of fasting therapy on irritable bowel syndrome, Int J Behav Med. 2006;13(3):214-20.

2 réponses à “Intestin : la maladie aux 100 visages”

  1. Francoise CHOMIENNE dit :

    Bonjour,
    On m’a diagnostiqué des comptes collagène, cela est-il considéré comme troubles du côlon irritable ?
    Le régime sans gluten et sans lactose n’a rien donné. Pouvez-vous l’éclairer.
    Merci pour. Vos articles

  2. TONINO AMOROSO dit :

    Bonjour, je ne comprends pas car vous dites manger des fibres solubles qui sont des fodmaps? Merci.

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