Ce « graffiti naturel » pourrait aider à soulager le diabète, le cancer et l’obésité

Chère lectrice, cher lecteur,

Je suis sûr que vous avez déjà vu ce genre de « graffitis naturels » :

Ils tapissent les murs de paysages imaginaires et colorés, transforment les grosses pierres en créatures fantastiques et donnent aux troncs des allures de camouflage militaire.

Ce sont les lichens.

Quand je me promène en forêt, je suis toujours fasciné par la diversité presque infinie des formes et des couleurs des lichens, véritables œuvres d’art vivantes. Je pourrais d’ailleurs rester des heures à les contempler dans leurs moindres détails.

Mais ces dernières années, les lichens n’attirent pas seulement l’attention des promeneurs curieux, mais aussi celle… des médecins et des scientifiques du monde entier.

Et pour cause : cet étrange être vivant pourrait aider à soigner de nombreux problèmes de santé.

Ce « mutant » qui vous veut du bien

Symbiose entre un champignon et une algue, le lichen est loin d’être un parasite (il n’a pas de racine et ne prélève aucun élément nutritif de son support).

Il était déjà connu des anciens Égyptiens pour ses vertus médicinales[1].

Au fil des siècles et de l’évolution de la médecine moderne, ces usages se sont perdus, si bien qu’au début du XXe siècle, seul le lichen « mousse d’Islande » (Cetracia islandica) figure encore parmi les remèdes médicaux[2].

Pourtant, on dénombre plus de 20 000 espèces de lichens dans le monde (et on continue même à en découvrir[3]).

Aujourd’hui, la science s’intéresse de très près à ce petit organisme aux super pouvoirs. Et parler de super pouvoirs n’est pas exagéré.

S’il y a un super héros dans la nature… c’est bien lui

Le lichen pousse dans les coins les plus hostiles au monde, là où pratiquement aucun autre organisme ne survit : désert, banquise, ou encore littoral marin, contre vents et marées. Il peut même survivre plusieurs semaines dans l’espace sans oxygène, ni eau, ni protection contre les UV[4].

Encore plus impressionnant : aucune maladie ne peut le contaminer et son espérance de vie pourrait dépasser les 4 000 ans…

Pas étonnant qu’un nombre impressionnant d’études se penchent sur ses fabuleuses capacités. Selon la base de données en ligne PubMed, près de 14 000 études scientifiques ont un rapport avec les lichens.

Depuis plusieurs années, des études ont prouvé son efficacité antimicrobienne[5], antibactérienne[6] [7], antioxydante[8] ou même antituberculeuse[9] et antivirale, notamment contre l’hépatite C[10].

Mais ce n’est pas tout : de nouvelles études lui ont découvert des pouvoirs encore plus surprenants.

Cancer : un nouvel espoir

Une étude parue l’année passée dans la revue Journal of the Science of Food and Agriculture a montré que certaines espèces de lichens avaient des propriétés anticancéreuses[11].

Ces résultats pourraient ouvrir la porte à de nouveaux traitements. C’est ce qu’espèrent du moins les chercheurs du laboratoire de biodiversité et biotechnologies microbiennes. En 2013, ils ont lancé le projet MALICA, dont le but est d’identifier des bactéries associées aux lichens marins et littoraux afin de produire des médicaments anticancéreux mieux ciblés, plus efficaces et mieux tolérés[12].

Affaire à suivre…

Du lichen contre le diabète et l’obésité

La dernière étude en date, et peut-être la plus étonnante, suggère que le lichen permettrait également de lutter contre l’obésité[13] et de réguler le métabolisme des lipides[14].

Pour arriver à ces conclusions, les scientifiques de la Sunchon National University (Corée) ont testé les propriétés de Thamnolia vermicularis, un lichen qui vit dans les hauts plateaux d’Asie de l’Est.

Certains lichens pourraient même avoir des effets prometteurs contre le diabète. C’est ce qu’a révélé un travail scientifique publié en avril 2017 dans la revue Oxidative Medicine and Cellular Longevity.

Les auteurs de l’étude ont conclu que « plusieurs extraits de lichens ont eu des effets prometteurs à la fois en tant qu’antioxydants que comme antidiabétiques. Ainsi, l’étude montre qu’il existe un lien entre l’activité antioxydante et antidiabétique des lichens[15]. »

Comment utiliser le lichen ?

Actuellement, seul le lichen d’Islande semble être commercialisé. Il est utilisé pour traiter divers maux comme les nausées, les problèmes gastriques et les troubles respiratoires (asthme, irritation de la gorge, angine…).

Sous forme de gélule, vous pouvez en prendre 3 à 6 par jour. Pour le lichen en vrac, il est conseillé de le consommer en tisane.

Attention, la consommation de lichen stimule l’appétit. Il ne faut donc pas en abuser, surtout si vous suivez un régime.

2 recettes de tisane au lichen contre la toux et les vomissements

La mousse d’Islande est utilisée pour calmer les vomissements dus au mal de mer ou ceux de la grossesse et les problèmes gastriques en général.

Pour préserver le principe amer des lichens, une simple infusion à l’eau chaude (ou encore mieux une macération à l’eau froide) pendant 10 minutes est suffisante (2 cuillerées à café de lichen pour une grosse tasse d’eau)[16]. Filtrez puis sucrez avec du miel, ajoutez-y du citron ou une infusion de thym. Buvez-en 2 à 3 fois par jour.

Débarrassée de son principe amer, elle est conseillée pour soulager les irritations de la gorge, les affections respiratoiresles angines, la coqueluche ou l’asthme.

Voici comment préparer une tisane sans amertume :

  • Faites bouillir 20 g de lichen par litre d’eau pendant 20 minutes (décoction), puis jetez cette première eau.
  • Lavez le lichen à l’eau froide puis faites bouillir à nouveau dans 1,5 l d’eau pendant 30 minutes et réalisez une nouvelle décoction durant 30 minutes.
  • Vous pouvez y ajouter du miel (facultatif).

Où en acheter ?

Si vous n’y connaissez rien aux lichens, je vous conseille d’aller en acheter en magasin plutôt que d’aller le cueillir vous-même. Comme pour les champignons, tous les lichens ne sont pas comestibles. Certaines espèces (rares) peuvent être toxiques, voire mortelles.

En Suisse, il est possible de l’acheter dans certaines pharmacies en vrac, conditionné en gélules, ou encore dans diverses pastilles contre la toux. En France, ce n’est malheureusement pas aussi simple : vous avez peu de chances de le trouver en pharmacie, même s’il fait partie de la liste officielle des plantes médicinales autorisées en vente libre.

En revanche, vous pouvez vous en procurer auprès d’herboristeries en ligne pour environ 9 euros les 100 g (herboristerie du Palais-Royal, Saniplante, Herboristerie du Valmont, herboristerie traditionnelle…).

À noter qu’il n’existe pas de culture bio du lichen puisqu’il est, la majeure partie du temps, récolté à l’état sauvage.

Amicalement,

Florent Cavaler

P.S. Si vous avez déjà utilisé du lichen pour vous soigner, votre avis m’intéresse. N’hésitez pas à partager votre expérience avec les lecteurs de PureSanté en cliquant ici.





[1]Evernia Furfuracea, l’une des espèces de lichens, était utilisée à des fins médicales en Égypte dès les XVIIe et XVIIIe siècles av. J.-C., selon le livre « The lichens », publié par Vernon Ahmadjian et Mason E. Hale, Academic press, 1973, p.547

[2]. « Éléments de matière médicale et de pharmacie », par A. Bouchardat, Paris, Germer Baillière, 1839 ; « Encyclopédie des sciences médicales », par MM. Bayle, Baudelocque, Beugnot, Bousquet, Brachet, Bricheteau, Capuron, Caventou, Cayol, Clarion, Cloquet, Cottereau, Double, Fuster, Gerdy, Gibert, Guérard, Laennec, Lisfranc, Malle, Martinet, Récamier, De Salle, Ségalas, Serres, Auguste Thillaye, Velpeau, Virey. Paris, bureau de l’Encyclopédie, 1839.

[3]www.collective-evolution.com/2016/10/14/new-species-of-psychedelic-lichen-contains-psilocybin-dmt/

[4]https://www.sciencedaily.com/releases/2012/06/120623145623.htm

[5]. Mehmet Candan, Meral Yilmaz, Turgay Tay, Murat Erdem, Ayşen Ozdemir Türk ; « Antimicrobial activity of extracts of the lichen Parmelia sulcata and its salazinic acid constituent », Z Naturforsch C., 2007 Jul-Aug.

[6]. Sweidan, Chollet-Krugler, Sauvager, Van de Weghe, Chokr, Bonnaure-Mallet, Tomasi, Bousarghin ; « Antibacterial activities of natural lichen compounds against Streptococcus gordonii and Porphyromonas gingivalis », Fitoterapia, sept. 2017, Epub 2017 Jul 21.

[7]. Kim, Park, Oh ; « Antibacterial and antioxidant capacity of polar microorganisms isolated from Arctic lichen Ochrolechia sp. », Pol J Microbiol. 2014.

[8]. Emsen, Togar, Turkez, Aslan ; « Effects of two lichen acids isolated from Pseudevernia furfuracea (L.) Zopf in cultured human lymphocytes », Z Naturforsch C., 2018 Jul. 26

[9]. Honda, Pavan, Coelho, Andrade Leite, Micheletti, Lopes, Misutsu, Beatriz, Brum, Leite ; « Antimycobacterial activity of lichen substances », Phytomedicine, 2009 Aug 13.

[10]. Huyen Vu, Le Lamer, Lalli, Boustie, Samson, Lohézic-Le Dévéhat, Le Seyec ; « Depsides : Lichen Metabolites Active against Hepatitis C Virus », PLoS One. 2015, published online 2015 Mar 20.

[11]. Diverses études se sont penché sur les effets anti-cancéreux de certains lichens, notamment en 2014 et 2015. La plus récente s’intéresse à ceux du nord de l’Amérique : Yeash, Letwin, Malek, Suntres, Knudsen, Christopher ; « Biological activities of undescribed North American lichen species », J Sci Food Agric. 2017 Nov, Epub 2017 May 29

[12]http://usr3579.obs-banyuls.fr/fr/mediation_scientifique/projet_anr_malica.html

[13]. Choi, Ham, Yeo, Hur, Park, Kim, Lee ; « Anti-Obesity Property of Lichen Thamnolia vermicularis Extract in 3T3-L1 Cells and Diet-Induced Obese Mice », Prev Nutr Food Sci. 2017 Dec, Epub 2017 Dec 31.

[14]. Zhu, Zhang, Chen, Sun, Dai, Chen, Zhang, Yan, « Studies on the regulation of lipid metabolism and the mechanism of the aqueous and ethanol extracts of Usnea », Biomed Pharmacother. 2017 Oct, Epub 2017 Aug 16.

[15]. Vinitha M. Thadhani and Veranja Karunaratne, Potential of Lichen Compounds as Antidiabetic Agents with Antioxidative Properties: A Review, Oxid Med Cell Longev. 2017; 2017: 2079697.

[16]. Cette tisane était déjà prescrite au XIXe siècle : Encyclographie des sciences médicales, Tome onzième, Florant Cunier, Société encyclographique des sciences médicales, Bruxelles, 1842, p.418.

6 réponses à “Ce « graffiti naturel » pourrait aider à soulager le diabète, le cancer et l’obésité”

  1. […] Je vous expliquais aussi comment l’utiliser pour soulager les nausées et les troubles ORL (si vous avez manqué cette lettre, vous pouvez la lire ici). […]

  2. Evelyne K dit :

    Merci pour cet article très intéressant. Il semble que les lichens seraient peut- être une nouvelle voie d’investigation pour aider les citadins à lutter contre les allergies dues à la pollution aérienne : asthme, rhinites, eczéma etc. Et peut-être trouver comment solutionner les troubles digestifs générés par les aliments provenant de l’industrie alimentaire. Bien cordialement à toutes et tous…

  3. Evelyne K dit :

    Merci pour cet article très intéressant. Il semble que les lichens seraient peut-être une nouvelle voie d’investigation pour aider les citadins à lutter contre les allergies dues à la pollution aérienne : asthme, rhinites, eczéma etc. Et peut-être une solution aux problèmes digestifs liés à la pauvre qualité des produits alimentaires provenant de l’industrie alimentaire – notamment. Bien cordialement à toutes et tous.

  4. Rival dit :

    Bonjour,

    Est-ce ce même lichen utilisé pour la vitamine d3 ?
    Merci.

  5. Marie-Hélène Oliete dit :

    Merci pour cette lettre.tres intéressante.

  6. SYLOU dit :

    Effectivement, étant suisse, j’achète régulièrement, depuis plus de 15 ans , des pastilles à la MOUSSE d’ISLANDE, reconnues bonnes en cas de toux et de catarrhe..!
    Merci pour vos articles extrêmement intéressants !

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